Peut-être pensait il a ce qu’il avait encore à porter, à sa malédiction des 4 z’enfants qu’il nous souhaitait régulièrement d’avoir, avec chacun son pesant de tracacahuetes.
Ou peut-être avait-il le pressentiment. Celui que ses heures étaient comptées, proche des dernières. Ce qui s’est vérifié.
Je me souviens du ton de sa voix mais pas de ses derniers mots.
La formulation exacte s’est oubliée dans ma mémoire.
C’était un « au revoir » déguisant un adieu.
Encore fallait-il le savoir.
Ça aurait changé quoi ?
On se serait pris dans les bras ? Pas certain.
Entre la maladresse sentimentale bourrue d’un ado attardé de 20 ans et le patriarcat taiseux fatigué il y a un fossé de génération que l’immaturité et la fierté empêchent de franchir, parfois.
Une poignée bien virile de sa main de chirurgien quelques fois rugueuse et lourde ?
une tape sur l’épaule et un regard compatissant ?
une bourrade velue dans le dos ?
On ne saura jamais. Spontanéité perdue. Il aurait fallu s’y préparer.
Était-ce possible ? pas évident non plus même quand on est prêt on ne l’est pas.
Difficile de bien se quitter.
Les souvenirs gardés, odeurs, sons, lumières, images ne se choisissent pas.
Ils ne se gravent pas non plus. Tout au plus s’impriment-ils comme l’encre mais comme elle, finissent par s’estomper.
Jusqu’à vous surprendre aux détours d’une page que l’on tourne, un bibelot de grenier que l’on vide,
Un reste de parfum de flacon empoussiéré que l’on débouche à tout hasard,
Une chanson, trois petites notes de musique, un lieu, une photo découpée collée dans l’album du petit dernier.
Toutes ces formes floues des fantômes de clichés.