Voyages
Le 21/06/2026
Il est deux coups de pagaie plus tard
Au bastingage de ma pirogue bizarre
Celle qui nous flotte les jours
Et nous transporte le temps
Le 25/04/2026
Il y a quelques milliers de neurones en moins à la démence des dirigeants de ce monde
Et quelques milliers de connexions en plus à l’algorithme plastoc de l’intelligence artificielle émergente
Suspecte corrélation qui fait glisser à 45 degrés le long du parallèle éponyme, celui de la tangente des crêtes
Le 15/02/2026
On prend des trains des bateaux des voitures des avions
Dans cette histoire sans fin seul le temps file son lin, seul
Vains départs éternels retours
L’illusion du voyage, des pays où l’on arrive jamais, des horizons qui restent sur leur ligne de fuite,
Toujours trop court pour y croire vraiment
Le 21/12/2025
Extinction d’artifice moins quelques épines de cèdres
Au pendule du fou qu’oscille le monde
Les heures d’avent comptent à rebours le bon bout d’an ou tout continue à défaut de recommencer
La fête du temps qui fuit depuis le schisme de la chrétienté
Des lumières pour rappeler les présences passées
Le 27/04/2024
On a sabordé le sentier de la pointe Laborde
Aux abords de l’anse sans âge du même nom
Encore une sale histoire de corsaire moco
Dégringolant la caille du Trou à Man Lwi
Le 14/04/2024
Entre guitare et kora
Clairs accords pianos et country roots harmonica
En tête à tête avec un soleil levant de plus
La lumière rasante dansante sur la peau ébouriffée
Le 06/04/2024
J'ai posé mes samaras dans le sable Calibishie de Baptist Bay
Mi blanc mi noir, comme une côte Est de frangine indies
Le 25/02/2024
Dans décennie de ça
Quand de retour continent
On souviendra Gwada
Je reverrai l'anse Gris-Gris
Celle des marabouts pêcheurs de pélicans
Le 14/02/2024
5h15 au compteur en plastoc du fil à la patte
22 degrés au mercure en toque du carrosse de fer
On va faire la peau à tous ces suppôts d'hydrocarbure civilisé
Le 03/12/2023
Douze heures moins treize font moins un.
Maintenant nous remontons le temps dans le palmier zingué de la masure cyclonique.
Un zest d'alchimie, une petite friction à la pierre philosophale de préférence volcanique c'est mieux pour la peau.
Le 19/11/2023
Deux plus quatre qui font neuf heures moins treize
On a peut-être perdu le nord mais pas le regard sur la ligne d'horizon
Et l'horizon ici il défile
Le 04/11/2023
Cinquante et une heure moins quarante huit, dans le branchage d'une forêt primaire d'équateur.
Bondissant simiesque de ravines blanches en morne rouge.
Dégringolant de savanes mulet en porte d'enfer à l'odeur de soufre reptile.
Sautant d'Acomat en cascade bis via canyon moustique.
Le 03/09/2023
Quand je serai guitariste dans des milliers d'années
J'aurai une voiture pas banale, à deux balles
Que je conduirai en sandales
Boite à savon pot de yaourt à pédales
Méhari à gorge déployée pour méharée à tombeau ouvert
Le 23/07/2023
Auteur pas bien haut mais pas mal élevé, con positeur peut-être en tout cas sans position politique ça ne fait pas doute.
Juste témoin du monde et de l'homme coupable jusqu' à preuve du contraire.
Le 03/05/2023
8 mois plus tard dans le palmier en zinc de l'ile équatoriale qui n'en compte aucun.
Le temps s'écoule dans une moiteur d'alambic.
Le 02/04/2023
7 mois plus tard sur la terrasse en bois de la masure anticyclone.
Depuis que les leptospires des chemins de fer ont pris l’assaut de mon foie ferroviaire
j’ai un peu plus de Gwada en moi, c’est certain.
Et des retards de wagons de rêves à rattraper.
Le 26/12/2022
Quatre mois plus tard sur la terrasse en bois de la masure anti-cyclone.
L’heure est venue d’aller faire les yeux fous à la Marie galamment assise de l’autre côté du chenal guadeloupéen et que l'on aperçoit à intervalle régulier toute allongée alanguie dans les vagues transparentes de l'archibel archipel.
Après 45 minutes de traversée bien frappée comme un café Chaulet, nous voilà bien arrangés comme le rhum, et pour les braves inconscients du pont bien trempés comme une soupe.

Le 12/11/2022
Aux Saintes, on sait bien faire le planteur. Mais attention ça n'est pas une boisson de pleutre.
De toutes façons le pleutreur n'existe pas. Pourquoi ?
Tout simplement parce que le pleutre ne pousse pas dans les champs. Tout au plus se cache-t-il dans la canne. Bref.
Il est 5 grammes de rhum blanc moins dix à l’apéritif en bois tropical du ponton qui ne mène à rien sauf à la mer devant lui.
Dans le désordre pourtant sans contrepèterie de la fin d’après midi, le rhum tabasse ses victimes.
Le 29/10/2022
Il est trois grammes moins le quart à l'apéritif de ma terrasse en bois tropical.
Les mains prises par mon petit verre de rosé, je m'écris une bafouille du front.
La nuit s'approche bruissant d'une vie grenouillère inimaginée pourtant réelle.
Le ciel va se répandre en galaxies infinies sur sa méridienne équatoriale.
Le 07/06/2022
J’écris ces lignes pour la cinquantième fois
C’est normal, on comprendra pourquoi
Khamsin, la cinquantaine en langue d’orient
Mais aussi le nom du vent de sable qui balaye la corne de l’Afrique au début de la saison chaude
Le grand abrasif terrestre qui sévit cinquante jours durant au pays du grand brasier solaire
Et quand il s’y met, on y voit goutte ce qui n’est pas étonnant pour une contrée désertique
Il ronge le métal, érode la roche, pulvérise l’asphalte et recouvre les pistes chamelières millénaires
Il estompe toute trace sauf les rides
Il les ravine aux visages des hommes car jamais n’arrête le temps qui passe
Et sous les flammes des camps nomades qu’il étouffe il n’en finit pas d’attiser des braises de mémoire
Eparpillant au passage une cendre plus sel que poivre aux bacchantes de ses victimes
L’Afrique une fois de plus il aura encore fallu que je commence par là
Continent infernal aux peuplades bantous où l’on a cru devoir porter la science coute que coute
A coup de souvenirs, de légendes familiales ou contées ou vécues ou vues ou lues, de formation en déformation professionnelle, et même en chansons
Elle me colle à l’âme et tatoue mon génome en filigrane
Il doit y avoir en moi quelques tribus de ribosomes scarifiés, qui dansent autour du feu quand ils ne suivent pas une méharée de rêve guidés par la croix du sud sur une piste oubliée vers le rendez-vous d’Essendilène.
Khamsin donc, toujours la cinquantaine en langue d’orient
Le nombre d’année qui me sépare maintenant du point de départ. 50 années à gravir la montagne aux Ecritures.
Comme l’impression d’arriver au sommet de l’ascension d’une vie. Voilà qui fait penser à la descente.
La grande rando à sens unique que l’on fait d’une seule traite, sans personne à l’arrivée pour te ramener au départ. C’est ballot. On est bien là haut. Faut juste s’en rendre compte. Sinon s’en souvenir.
A moins de croire dans la réincarnation, mais si c’est pour devoir refaire le chemin en pangolin, chiroptère, journaliste ou tout autre rampant sans pattes, je dis non. Et puis je souhaiterais croiser les mêmes gens. Faudrait que tout le monde se réincarne en même temps, voilà qui compliquerait le processus.
Mais s’assoir dans le fauteuil et recommencer la projection en homme, ça je veux bien. Rembobiner le film. La lumière vacillante du vieux projecteur. L’asthme de son ventilateur. La pellicule qui tremblote sur l’écran de drap tendu aux portes d’une veille armoire provençale, dans la pénombre fraiche d’une maison de campagne en été. Les images saccadées du passé. Tous ces souvenirs écoulés dans le sablier de la mémoire. Même pas le temps de se demander ce qu’il s’est passé. La punition de toujours vouloir anticiper demain.
Rembobiner la bande son aussi. Les voix des parents, les rires des enfants et des amis, les mots de tendresse, les belles chansons, les mélodies morricones inoubliables qui raniment les souvenirs et font naitre de grands sentiments, les battements de cœur de ma moitié la tête sur sa poitrine. Et tous ces autres bruits de vie qui butine : l’eau qui coule sur les rochers des torrents, les poignées de vague dans le sable, la brise dans les feuilles, les clochettes de ris contre les mats des bateaux à l’amarre, la neige qui crisse sous les pieds, le grincement des vieux volets de bois d’un mas isolé que l’on ouvre dans l’aube estivale , les cigales des aurores et grillons des veillées, les pignes qui claquent dans les feux de cheminée, le bruissement d’une abeille dans les lavandes, un rouge-gorge la nuit, le vent des mélèzes. Se rappeler aussi le sang aux tempes et le souffle court de l’effort physique et le silence trop souvent bafoué, compagnon des coins égarés et ciels étoilés, ami des esprits perdus dans leurs pensées, respiration des musiques suspendues, cistercien des vieilles pierres, blanc des flocons qui tombent.
Je ne regrette rien. Je n’aurais pu faire d’autres choix que ceux que j’ai fait au moment ou il fallait les faire. Je n’aurais pas pu trouver famille plus aimante, épouse plus bienveillante et attentionnée, Elle et mes enfants sont nouées à mon cœur pour toujours.Alors tant pis si je suis vieux. Je vous aime de toutes mes années.
Je vais prendre toute la 16eme latitude nord de franchir ces cinquantièmes vieillissant en m’accrochant aux branches de la rose des vents. Je prendrai le vol du premier alizé qui passe et vous emmènerai avec moi
Puisse-t-il nous déposer 7000 km vers l’Ouest.
Pour rattraper le soleil avant qu’il ne se couche.
Pour l’empêcher de s’endormir et de nous disparaître.