Gwadàlaloupe
- Par arcimboldodejuin
- Le 03/05/2023
- Dans Voyages
8 mois plus tard dans le palmier en zinc de l'ile équatoriale qui n'en compte aucun.
Le temps s'écoule dans une moiteur d'alambic.

Nous sommes venus, nous avons vu, nous avons bu.
De l'eau parce qu'il fait chaud.
C'est le bout du tunnel d'installation.
L'acclimatation sans climatisation.
Le goulot de la dame Jeanne d'arrivée.
Plus qu'à savourer le contenu, pourvu qu'on ait l'ivresse.

De l'eau certes, au goulot, du ciel, de mer, de rivière, partout autour de nous et parfois même au robinet, on arrête pas le progrès.
Mais ça nous a pas empêché de suivre Lawoutduwum pour autant.
Vous me direz "Kécessé?" en langue que vous voulez.
ça n'est pas un membre du panthéon hindou
ça n'est pas un camp retranché romain d'Armorique
ça veut dire "tu fais la grande traversée en sirotant du jus de canne fermenté qui donne malatête et cécitéprécoce" en latin créole.
C'est un voyage physique que tu peux faire au choix debout à la barre d'un grément plus vif qu'un alizé, les cheveux au vent, le nez dans les embruns, la peau burinée au soleil des grands espaces marins ou recroquevillé dans le siège étriqué d'une carlingue réacto-propulsée, la tête sur l'épaule du voisin, les genoux dans les dents, la phlébite dans les mollets et l'escarre au royal fessier.

Quelque soit le procédé, les points communs sont nombreux:
- La nausée qui nourrira les poissons atlantiques dans le premier cas nourrira le sachet plastique de l'avion ou si tu n'es pas assez rapide, l'épaule du voisin dans le deuxième
- La promesse de l'arrivée: le déplacement physique s'accompagne d'un déplacement intérieur qui n'est pas seulement le fait du vomis du roulis. Comme le disait Lao Ping, disciple de Lao Tseu: un chemin que l'on emprunte pas ne mène à rien. Alors...
- La destination: voilà des visages aux mutliples rivages qui sous un ciel noir comme la fin du monde prennent d'abord l'apparence d'une fôret vierge comme à son commencement: la Guadeloupe du rhum.


Le hasard (ou Walbol en créole grec ancien) fait parfois faire des détours où naissent de belles histoires, allez savoir.
Alors faut mettre toutes les chances de son coté. Et tous les sens aussi
On va caresser du bout des doigts et des orteils tous les contours de cette île papillon.
En créole esperanto ça s'appelle "Pahssé Gwadàlaloupe", et normalement ça s'écrit en braille.
Car si cette ile se voit, elle se sent, se touche, s'entend, se goute et se sixième sens également.
Au nord Grande Terre, une bretagne tropicale jette ses falaises naufrageuses en pature aux vagues du 16ième parallèle


A la fin de l'envoi du bout de son extrême pointe Est Gwada tend son cap que dis-je son cap, sa Pwentedechato vers une Désirade bien nommée car elle ne l'atteindra jamais.
C'est aussi le repaire de Jordan Caraibe et Lilli Indigo princesse de Tamarin.
Deux âmes poétiques brûlées par le soleil depuis des générations.
Devant leur écran de télé panoramique où ne passe que l'océan, et parfois des baleines poursuivies de frégates volatiles, lui tresse des oiseaux et poissons, elle démasque des calebasses en philosophant sur leur ile.
Les beaux ambassadeurs d'archipel.



Le long des hanches voluptueuses de l'iconique côte Sud, les doigts découvrent des bancs de sable à la plastique parfaite qui rivagisent de beautés avec les plus belles miss plages du monde




A Basse Terre un volcan sans âge tout ridé de ravines et bosselé de mornes, s'est laissé pousser une jungle d'un vert primitif.
Ses lianes infinies engloutissent les habitations jusqu'au bord de mer, où elles viennent tremper comme des cheveux longs sur les épaules d'une amazone un soir d'orage.



Ici toutes les plages sont des sauvages. Les plus belles sont perdues, introuvables, dangereusement magnifiques, préservées.



Dans les mailles de l'archipel quelques ilets mi-cuits au grill antillais savamment séparés de la terre mer au couteau chien par la main habile du temps, laissent entrevoir ce que devait être cette contrée avant l'arrivée de l'homme: Souvenir d'Eden ?


A la Pwente on voit bien qu'il a croqué la pomme trop fort l'hominidé. Béton, bitume et autres fils électriques barbelés. Eve n'est plus qu'un songe graffité que le salpêtre aura tôt fait de lui faire oublier.



Santa Maria de Guadelupe patronne des naufrageurs des côtes sous le vent n'est pas rancunière.
Aux inconnus est bien capable d'ouvir ses ailes papillons et confier sa faune familière
Et pour peu qu'on lui demande gentiment, mettre entre leurs mains son coeur de pierre.
Vous qui avez lu ces lignes jusqu'ici, je ne sais si vous avez trouvé l'ivresse ou bien la lie.
Une seule façon de le savoir, il faut venir nous voir ;)



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