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L'Air mitral
- Par arcimboldodejuin
- Le 02/03/2020
Un froid saumoné embrase les cimes
Insoupçonnable rose des sables blancs flamboyant dans un soleil couchant
Fait vibrer la Voie lactée givrée où des astres de flocons scintillent inutilement
Cette neige sucrée de glace fait crisser sur les crêtes un air mitral
Une mélodie qui souffle au cœur une nostalgie dans la poitrine
Une berceuse pour que les mélèzes allongent leur ombre
Sur un vison immaculé d’une piste aux étoiles désargentées
Où le temps semble s’être lui aussi figé
Sans trace, sans ride, sans âge, sans la grouillante civilisation
Pourvu que ça ne soit pas la mélopée d’un monde en voie de disparition
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Vers d'hiver
- Par arcimboldodejuin
- Le 02/03/2020
Poème dix vers
Au diable le linceul gris du ciel d’hiver
Pied au plancher de mon tombeau ouvert
J’ai vu le ciel croque mort mordre la poussière
Ce matin dans le rétro de mon cheval de fer
Sur la cote des vendanges tardives, enfin la lumière
Le jupon bleu écarlate de la belle bergère
Semant de nuageux moutons pour le grand Patre solaire
Pastorale pastel éphémère
Revoilà le brouillard, le gel, l’hiver
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Lorraine
- Par arcimboldodejuin
- Le 27/01/2020
Lorraine est une femme battue
Hantant une lande éventrée de labours boueux,
Parcourue d’ogre Haut fourneau aux pieds de mine
Elle ouvre ses paupières matinales sur des aurores ecchymoses
Où des yeux au bleu délavé à coup de trique climatique
Contemplent à perte de vue l’horizon hématique
Scarifiée de village rue dont les brancards béton
Charrient des spectres de gueules noires qui furent aussi cassées
Saignée aux quatre veines de charbon de bois de fer
Il ne faut pas se mentir sa vie est un enfer
Où se pansent des blessures Maginot pas imaginaires.
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Croute de sel et nasse de givre
- Par arcimboldodejuin
- Le 14/12/2018
Sous son revêtement luisant le gel s’enlace un ruban de route
Son cristal crisse sous sa croute de sel quand il l’embrasse
Loin devant les yeux des feux stop zigzaguent leurs traces
Balises en détresse d’artifice glissant de place en place
Jusqu’à se prendre en masse dans un brouillard en nasse
Du bitume en croûte de glace
Le menu de l'hiver au petit déjeuner
Où gît l'autoroute givrée
Un sorbet dans la gueule façon gibier
une main bleuie que le froid a gantée
L'a prise par le colbac et l'a violentée
Lui secouant l'asphalte en débris frigorés
Son dernier souffle éteint en nuage bleuté
Elle est allongée dans les étendues gelées
Moribond enrobé glacialement mortifié
Tant pis pour les égarés malheur aux naufragés
Les forêts se sont tues, l'asphalte est pétrifié
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Meules sarabandes
- Par arcimboldodejuin
- Le 01/12/2018
J’ai pris la clé des champs sous le paillasson de goudron
Franchissant les bosquets fuguant dans les sentiers
Bondissant de bocages en amont des futaies
Je suis tombé sur des meules ébouriffées sur l’horizon
Un vent joueur semait leurs fétus
Chef d’orchestre végétal droites dans leurs bottes de paille
Au beau milieu d’une farandole épouvantail
Elles jouaient la valse de la substantifique moelle
Faisant fi de ce foin une liane m’a pris les mains
On a ri, chanté et dansé à tue tête
Une pastorale d’herbes, de Faunes, de bêtes
Mâchonnant des brins d’elles
On s’est roulé dans les sauterelles
Au crépuscule des nuées j’étais devenu Peul
Humant l’amère mélange des sarabandes de meules
Dans les vapeurs ambrées d’une rosée du soir
Assis dans les prés, étendus sous les astres
A ne surtout pas parler, nous écoutant nous taire
Eperdus sous le silence lacté des millénaires
Poète point égaré, au contraire à sa place
Conteur des herbacées, sans un sou et sans piastre
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Amants de saison
- Par arcimboldodejuin
- Le 03/06/2018
Dissipant le brouillard de ses paupières
La terre fait glisser sa pelisse de boue sombre d’hiver
Dévoilant l’opulent vert tendre de son décolleté printanier
Elle dénude une peau graminée où la brise ondule des herbes argentées
Sur son épaule tatouées à l’encre solaire les veines des premiers sentiers d’été
Ses coteaux de corsage aux vallons arrondis se soulèvent en cadence sous la houle des champs
Seins de glace d’un corps pas si sage palpitant en frisson aux caresses du printemps
Dévalant en riant les pentes bruits-sonnantes de bosquets en fleur
Traversant les étendues champêtres de coquelicoeurs
Démêlant des bouquets de jeunes pousses en branche
Dégringolant les boucles blondes des hauts blés des prés
Voilà le sable duveteux des dunes de ses hanches
Qui parsème la courbure de ses reins en chemin douanier
Caresse d’herbe folle en épis qui glisse
Les doigts chèvrefeuille parcourent doucement ses cuisses
Bouquet jasmin, thym, romarin
La peau exhale toute une garrigue de chemin,
Assortiment de senteur en floraison
De quoi perdre en déraison les amants de saison
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Allez rentrons
- Par arcimboldodejuin
- Le 17/11/2017
Un jour vint le retour, Djibouti 18 aout 2015.
Aéroport d’Ambouli. Les moteurs tournent.
L’air vibre sous les coups de marteau que le soleil lui inflige.
Le goudron de la piste d’atterrissage se liquéfie sur l’enclume du sol en ébullition.
Stigmates d’un été dans la corne d’Afrique.
Dans quelques instants on volera le retour.
Si l’aéronef arrive à dépatouiller ses roues de la marée noire du tarmac.
Dernier coup d’œil en arrière, par-dessus l’épaule, les paupières plissées par toute cette écrasante luminosité.

C’était Djibouti.
Une lande décharnée et famélique qui grille comme le grain d’un café éthiopien, mais sans cérémonie.
Une belle et hostile terre, sensuelle et dure.
Nous sommes contents de l’avoir connue. Même si ça n’était pas gagné.
Mais voilà.
Après d’abondants lavages oculaires aux gouttes de sérum panoramique, de nombreuses fumigations aux vapeurs d’encens omanais, de longues et répétées caresses à la crème de soleil Somali et quelques nuits suspendues entre étoiles et échos des muezzins aux accents noctambules, la mayonnaise du globiboulga Afar a pris (car oui il y a aussi de la mayonnaise dans le globiboulga).Nous te quittons sans regret. Nous ne reviendrons pas, nous t’en faisons la promesse.
Nous avons pris ce qu’il y avait à prendre et nous ne te laissons rien.
Aucune des pages de notre vie de famille écrites dans l’ocre de tes déserts,
Aucune de nos empreintes de pas éphémères dans le sable humide de tes plages sauvages
Aucun de nos souffles ébahis sur le tombant bleu de tes récifs coralliens
Aucune de nos silhouettes rupestres ondulant dans les nuits désertiques aux feux primitifs des camps nomades
Aucune de nos ombres brulantes éclaboussées de soleil sur les écailles noires de ton sol volcanique
Nous te quittons sans regret. Nous ne reviendrons pas, nous t’en faisons la promesse.
Nous avons pris ce qu’il y avait à prendre et nous ne te laissons rien.
Nos malles sont pleines.
De poussière et de sable africains avant tout.
Mais aussi de trésors qui ne le sont que pour nous.
Des petits riens pour se souvenir beaucoup et transmettre un peu car n’est-ce pas là aussi le propre de l’homme ?
Nous ramenons des pense-bêtes pour panser la mémoire des hominidés que nous sommes
Des clichés numériques de beaux moments partagés, sympathiques parfois mystiques.
Tous uniques.
Des babioles qui n'ont de valeur que par les instants de vie que nous y avons noués.
Nous te quittons sans regret. Nous ne reviendrons pas, nous t’en faisons la promesse.
Nous avons pris ce qu’il y avait à prendre et nous ne te laissons rien.
Mais nous promettons aussi de continuer le voyage. Tailler la route, la piste, dropper le djebel, crapahuter les monts, randonner les vaux, explorer les GR.
Ébouriffer encore les branches de la rose des vents comme des enfants espiègles histoire de mettre un peu le bazar dans ses points trop cardinaux.
Car nous t’aurons apprécié aussi pour ce que tu as permis.
Partir. Découvrir, voir, contempler, le soleil se lever à l’Est sur l’écrin omanais, se coucher à l’Ouest sur l’Ethiopie sympathique, éclairer au Sud l'aventure tanzanienne.
Le Nord appelle maintenant, probable détour pour d’autres horizons.

Un infernal vent internet ne tardera pas à effacer ces lettres comme autant de traces de pas dans le sable fin de l'oued.
Rien ne dure surtout pas le virtuel puisqu'il n’existe pas. Qu'importe "c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !"
Ce fut un vrai plaisir de dessiner ces phrases, premiers surpris que nous sommes.
Le partage d’un certain regard. Souvent exalté, c’est vrai.
De la joie et un peu de délire, sans recours à d’illicites substances (tout au plus quelques mojitos, un peu de St Georges et des brochettes de bœuf éthiopien au feu de bois sous un ciel abasourdi d’étoiles).
Quelques syllabes jetées en ricochet pour la prolongation des choses .
Un devoir de mémoire familial dans lequel il ne faut pas voir plus que l’expression d’une liberté indomptable sur papier inexistant.
Une liberté de sauvage….de sauvage…
Une porte ouverte pour laisser libre cours à ce qui court à l’intérieur et le laisser courir loin.Loin ? N’était-ce pas là que nous étions…
« Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé)
Que vous n’avez fait qu’un somme, pendant que ces visions vous apparaissaient.
Ce thème faible et vain, et qui ne contient pas plus qu’un songe, gentils spectateurs, ne le condamnez pas ;
Nous ferons mieux, si vous pardonnez. Oui, foi d’honnête Puck,
Si nous avons la chance imméritée d’échapper aujourd’hui au sifflet du serpent,
Nous ferons mieux avant longtemps, ou tenez Puck pour un menteur.
Sur ce, bonsoir, vous tous.
Donnez-moi toutes vos mains, si nous sommes amis,
Et Robin prouvera sa reconnaissance. »W. Shaekespeare, Songes d'une nuit d'été
Allez, rentrons.
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On a tué le temps
- Par arcimboldodejuin
- Le 10/11/2017
Dans l'attente du retour, Djibouti aout 2015
A l’image des caravanes de sel sur la toile d’un peintre inconnu, les jours se sont arrêtés au pays des droits de l’homme.
Dans le sablier de l’Est africain, la pendule du grand horloger est enrayée.
Khamsinisée et lyophilisée comme le reste. Peut-être l’oeuvre de quelque déesse qui n’a pas envie que le mois du blanc s’achève…

Les djiboutiens qui voyaient arriver la fin du Ramadan avec appétit vont devoir patienter encore un peu, ultime tentation divine, dernière épreuve rédemptrice.
Après ce sera l’Aïd el-Fitr, le silence des agneaux.
Pour les autres, et bien ça signifie que la date du retour ne s’approche plus. Damned.

Va falloir durer. Garder un oeil photographique, forcément objectif, sur ce qui nous entoure et qui étonne moins.
Qui risque de devenir familier. Voire auquel on pourrait s’attacher.

Rester en alerte pour ne pas tomber du côté où le climat et peut-être un peu de fatigue nous poussent.
Des hallucinations envahissent déjà les pages du blog et ça n’est pas bon signe.
C’était trop tôt pour arrêter les brochettes de mérou…Faut se reprendre, mon gars, sinon tu finiras en ermite au fin fond d’un repaire de blogueur, emmuré vivant dans une chaleureuse moiteur comme un cancer du tropique.
Non non non, tropicalitude molle tu n’auras pas ma peau, contrairement aux matous collés aux vitres des pièces climatisées.

Le temps s’est arrêté ? Soit, nous allons l’immoler.
Tuons ce temps qui ne passe plus.
La tâche est aisée le matin car il n’oppose pas trop de résistance.
Le travail en vient facilement à bout, travail tabou.
Le reste du temps ne se laisse pas faire.
On l’attache à une chaise, un soleil de midi dans la figure pour qu’il nous dise tout, on le soumet à la question d’une sieste nécessaire, on le passe à tabac de plongées frénétiques, on l’étrangle au collet du braconnage numérique.On le malmène, on l’étripe, on le lynche en vagabondages successifs.
Il mange chaud le temps, comme nous d’ailleurs, et finalement il n’expire qu’à l’aube et au crépuscule.
Aux heures tièdes de la journée.
A ces moments qui pourraient être du matin comme du soir.
Instants suspendus entre nuit et jour.Où le ciel et la mer se fondent
Où Menelik éteint ses lumières
Où des carrioles emmènent leur chargement d’ouvriers vers les chantiers
Où la mosquée ventrue est encore bleue au dessus des caisses

Où la siesta réveille ses morts à coup de corneilles

Où ces mêmes morts vont tremper leur linceul

Avant de retourner hanter la ville fantôme.

Bref des minutes où l’on pourrait croire que, oui, enfin le temps est mort.
Alors immobile dans l’onde d’un ventilateur, paisible dans le courant de la clim, on en profite pour griffonner.
Une envie qui prend comme la soif. On l’étanche. On s’épanche.
Plic ploc de gouttes de sueur le long de l’échine.
Scritch scratch d’une plume sur le papier.
Les idées se répandent sur les feuilles par capillarité.

Encore un peu de temps a été tué, une petite victoire dans l’attente du départ.
Re-mort du temps sans remords.
Nous savons bien que tout sera à recommencer demain.
Car elle n’est pas encore là l’heure du retour.
Même si son heure viendra. Même si son tour aussi.La prison de Gabode peut garder ses portes closes.

Elle n’aura jamais les assassins sans victimes que nous sommes.
Et pourtant nous n’avons pas fini de sévir…
…encore tant de temps reste à tuer.Allez rentrons,













