Créer un site internet
Arcimboldodejuin

Blog

  • L'Air mitral

    Un froid saumoné embrase les cimes

    Insoupçonnable rose des sables blancs flamboyant dans un soleil couchant

    Fait vibrer la Voie lactée givrée où des astres de flocons scintillent inutilement 

    Cette neige sucrée de glace fait crisser sur les crêtes un air mitral 

    Une mélodie qui souffle au cœur une nostalgie dans la poitrine

    Une berceuse pour que les mélèzes allongent leur ombre

    Sur un vison immaculé d’une piste aux étoiles désargentées 

    Où le temps semble s’être lui aussi figé 

    Sans trace, sans ride, sans âge, sans la grouillante civilisation

    Pourvu que ça ne soit pas la mélopée d’un monde en voie de disparition

  • Vers d'hiver

    Poème dix vers

    Au diable le linceul gris du ciel d’hiver

    Pied au plancher de mon tombeau ouvert

    J’ai vu le ciel croque mort mordre la poussière

    Ce matin dans le rétro de mon cheval de fer

    Sur la cote des vendanges tardives, enfin la lumière

    Le jupon bleu écarlate de la belle bergère

    Semant de nuageux moutons pour le grand Patre solaire

    Pastorale pastel éphémère

    Revoilà le brouillard, le gel, l’hiver

  • Lorraine

    Lorraine est une femme battue

    Hantant une lande éventrée de labours boueux,

    Parcourue d’ogre Haut fourneau aux pieds de mine

    Elle ouvre ses paupières matinales sur des aurores ecchymoses

    Où des yeux au bleu délavé à coup de trique climatique

    Contemplent à perte de vue l’horizon hématique

    Scarifiée de village rue dont les brancards béton

    Charrient des spectres de gueules noires qui furent aussi cassées

    Saignée aux quatre veines de charbon de bois de fer

    Il ne faut pas se mentir sa vie est un enfer

    Où se pansent des blessures Maginot pas imaginaires.

  • Croute de sel et nasse de givre

    Sous son revêtement luisant le gel s’enlace un ruban de route

    Son cristal crisse sous sa croute de sel quand il l’embrasse 

    Loin devant les yeux des feux stop zigzaguent leurs traces

    Balises en détresse d’artifice glissant de place en place

    Jusqu’à se prendre en masse dans un brouillard en nasse

    Du bitume en croûte de glace

    Le menu de l'hiver au petit déjeuner

    Où gît l'autoroute givrée

    Un sorbet dans la gueule façon gibier

    une main bleuie que le froid a gantée 

    L'a prise par le colbac et l'a violentée

    Lui secouant l'asphalte en débris frigorés

    Son dernier souffle éteint en nuage bleuté 

    Elle est allongée dans les étendues gelées 

    Moribond enrobé glacialement mortifié

    Tant pis pour les égarés malheur aux naufragés 

    Les forêts se sont tues, l'asphalte est pétrifié 

  • Meules sarabandes

    J’ai pris la clé des champs sous le paillasson de goudron

    Franchissant les bosquets fuguant dans les sentiers

    Bondissant de bocages en amont des futaies

    Je suis tombé sur des meules ébouriffées sur l’horizon

    Un vent joueur semait leurs fétus 

    Chef d’orchestre végétal droites dans leurs bottes de paille

    Au beau milieu d’une farandole épouvantail 

    Elles jouaient la valse de la substantifique moelle

    Faisant fi de ce foin une liane m’a pris les mains

    On a ri, chanté et dansé à tue tête

    Une pastorale d’herbes, de Faunes, de bêtes

    Mâchonnant des brins d’elles

    On s’est roulé dans les sauterelles

    Au crépuscule des nuées j’étais devenu Peul

    Humant l’amère mélange des sarabandes de meules

    Dans les vapeurs ambrées d’une rosée du soir

    Assis dans les prés, étendus sous les astres

    A ne surtout pas parler, nous écoutant nous taire

    Eperdus sous le silence lacté des millénaires

    Poète point égaré, au contraire à sa place

    Conteur des herbacées, sans un sou et sans piastre

  • Amants de saison

     

    Dissipant le brouillard de ses paupières

    La terre fait glisser sa pelisse de boue sombre d’hiver

    Dévoilant l’opulent vert tendre de son décolleté printanier

    Elle dénude une peau graminée où la brise ondule des herbes argentées

    Sur son épaule tatouées à l’encre solaire les veines des premiers sentiers d’été 

    Ses coteaux de corsage aux vallons arrondis se soulèvent en cadence sous la houle des champs

    Seins de glace d’un corps pas si sage palpitant en frisson aux caresses du printemps

    Dévalant en riant les pentes bruits-sonnantes de bosquets en fleur

    Traversant les étendues champêtres de coquelicoeurs

    Démêlant des bouquets de jeunes pousses en branche

    Dégringolant les boucles blondes des hauts blés des prés

    Voilà le sable duveteux des dunes de ses hanches

    Qui parsème la courbure de ses reins en chemin douanier

    Caresse d’herbe folle en épis qui glisse

    Les doigts chèvrefeuille parcourent doucement ses cuisses

    Bouquet jasmin, thym, romarin

    La peau exhale toute une garrigue de chemin, 

    Assortiment de senteur en floraison

    De quoi perdre en déraison les amants de saison

  • Allez rentrons

    Un jour vint le retour, Djibouti 18 aout 2015.

    Aéroport d’Ambouli. Les moteurs tournent.
    L’air vibre sous les coups de marteau que le soleil lui inflige.
    Le goudron de la piste d’atterrissage se liquéfie sur l’enclume du sol en ébullition.
    Stigmates d’un été dans la corne d’Afrique.
    Dans quelques instants on volera le retour.
    Si l’aéronef arrive à dépatouiller ses roues de la marée noire du tarmac.
    Dernier coup d’œil en arrière, par-dessus l’épaule, les paupières plissées par toute cette écrasante luminosité.
    Image1547
    C’était Djibouti.
    Une lande décharnée et famélique qui grille comme le grain d’un café éthiopien, mais sans cérémonie.
    Une belle et hostile terre, sensuelle et dure.
    Nous sommes contents de l’avoir connue. Même si ça n’était pas gagné.
    Mais voilà.
    Après d’abondants lavages oculaires aux gouttes de sérum panoramique, de nombreuses fumigations aux vapeurs d’encens omanais, de longues et répétées caresses à la crème de soleil Somali et quelques nuits suspendues entre étoiles et échos des muezzins aux accents noctambules, la mayonnaise du globiboulga Afar a pris (car oui il y a aussi de la mayonnaise dans le globiboulga).

    Image1553
    Djibouti,

    Nous te quittons sans regret. Nous ne reviendrons pas, nous t’en faisons la promesse.
    Nous avons pris ce qu’il y avait à prendre et nous ne te laissons rien.
    Aucune des pages de notre vie de famille écrites dans l’ocre de tes déserts,
    Aucune de nos empreintes de pas éphémères dans le sable humide de tes plages sauvages
    Aucun de nos souffles ébahis sur le tombant bleu de tes récifs coralliens
    Aucune de nos silhouettes rupestres ondulant dans les nuits désertiques aux feux primitifs des camps nomades
    Aucune de nos ombres brulantes éclaboussées de soleil sur les écailles noires de ton sol volcanique

    Image1549
    Nous te quittons sans regret. Nous ne reviendrons pas, nous t’en faisons la promesse.
    Nous avons pris ce qu’il y avait à prendre et nous ne te laissons rien.
    Nos malles sont pleines.
    De poussière et de sable africains avant tout.
    Mais aussi de trésors qui ne le sont que pour nous.
    Des petits riens pour se souvenir beaucoup et transmettre un peu car n’est-ce pas là aussi le propre de l’homme ?
    Nous ramenons des pense-bêtes pour panser la mémoire des hominidés que nous sommes
    Des clichés numériques de beaux moments partagés, sympathiques parfois mystiques.
    Tous uniques.
    Des babioles qui n'ont de valeur que par les instants de vie que nous y avons noués.

    Image1554
    Nous te quittons sans regret. Nous ne reviendrons pas, nous t’en faisons la promesse.
    Nous avons pris ce qu’il y avait à prendre et nous ne te laissons rien.
    Mais nous promettons aussi de continuer le voyage. Tailler la route, la piste, dropper le djebel, crapahuter les monts, randonner les vaux, explorer les GR.
    Ébouriffer encore les branches de la rose des vents comme des enfants espiègles histoire de mettre un peu le bazar dans ses points trop cardinaux.
    Car nous t’aurons apprécié aussi pour ce que tu as permis.
    Partir. Découvrir, voir, contempler, le soleil se lever à l’Est sur l’écrin omanais, se coucher à l’Ouest sur l’Ethiopie sympathique, éclairer au Sud l'aventure tanzanienne.
    Le Nord appelle maintenant, probable détour pour d’autres horizons.
    Imgp0022

    Un infernal vent internet ne tardera pas à effacer ces lettres comme autant de traces de pas dans le sable fin de l'oued. 
    Rien ne dure surtout pas le virtuel puisqu'il n’existe pas. Qu'importe "c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !"
    Ce fut un vrai plaisir de dessiner ces phrases, premiers surpris que nous sommes.
    Le partage d’un certain regard. Souvent exalté, c’est vrai.
    De la joie et un peu de délire, sans recours à d’illicites substances (tout au plus quelques mojitos, un peu de St Georges et des brochettes de bœuf éthiopien au feu de bois sous un ciel abasourdi d’étoiles).
    Quelques syllabes jetées en ricochet pour la prolongation des choses .
    Un devoir de mémoire familial dans lequel il ne faut pas voir plus que l’expression d’une liberté indomptable sur papier inexistant.
    Une liberté de sauvage….de sauvage…
    Une porte ouverte pour laisser libre cours à ce qui court à l’intérieur et le laisser courir loin.

    Imgp1965 1

    Loin ? N’était-ce pas là que nous étions…

    « Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé)
    Que vous n’avez fait qu’un somme, pendant que ces visions vous apparaissaient.
    Ce thème faible et vain, et qui ne contient pas plus qu’un songe, gentils spectateurs, ne le condamnez pas ;
    Nous ferons mieux, si vous pardonnez. Oui, foi d’honnête Puck,
    Si nous avons la chance imméritée d’échapper aujourd’hui au sifflet du serpent,
    Nous ferons mieux avant longtemps, ou tenez Puck pour un menteur.
    Sur ce, bonsoir, vous tous.
    Donnez-moi toutes vos mains, si nous sommes amis,
    Et Robin prouvera sa reconnaissance.
    »

    W. Shaekespeare, Songes d'une nuit d'été

    Allez, rentrons.

  • On a tué le temps

    Dans l'attente du retour, Djibouti aout 2015

    A l’image des caravanes de sel sur la toile d’un peintre inconnu, les jours se sont arrêtés au pays des droits de l’homme.

    Imgp2154

    Dans le sablier de l’Est africain, la pendule du grand horloger est enrayée.
    Khamsinisée et lyophilisée comme le reste. Peut-être l’oeuvre de quelque déesse qui n’a pas envie que le mois du blanc s’achève…
    Imgp2168

    Les djiboutiens qui voyaient arriver la fin du Ramadan avec appétit vont devoir patienter encore un peu, ultime tentation divine, dernière épreuve rédemptrice.
    Après ce sera l’Aïd el-Fitr, le silence des agneaux.
    Pour les autres, et bien ça signifie que la date du retour ne s’approche plus. Damned.
    Imgp2166

    Va falloir durer. Garder un oeil photographique, forcément objectif, sur ce qui nous entoure et qui étonne moins.
    Qui risque de devenir familier. Voire auquel on pourrait s’attacher.
    Img 5143

    Rester en alerte pour ne pas tomber du côté où le climat et peut-être un peu de fatigue nous poussent.
    Des hallucinations envahissent déjà les pages du blog et ça n’est pas bon signe.
    C’était trop tôt pour arrêter les brochettes de mérou…

    Img 5150

    Faut se reprendre, mon gars, sinon tu finiras en ermite au fin fond d’un repaire de blogueur, emmuré vivant dans une chaleureuse moiteur comme un cancer du tropique.
    Non non non, tropicalitude molle tu n’auras pas ma peau, contrairement aux matous collés aux vitres des pièces climatisées.
    Imgp2164

    Le temps s’est arrêté ? Soit, nous allons l’immoler.
    Tuons ce temps qui ne passe plus.
    La tâche est aisée le matin car il n’oppose pas trop de résistance.
    Le travail en vient facilement à bout, travail tabou.
     

    Le reste du temps ne se laisse pas faire.
    On l’attache à une chaise, un soleil de midi dans la figure pour qu’il nous dise tout, on le soumet à la question d’une sieste nécessaire, on le passe à tabac de plongées frénétiques, on l’étrangle au collet du braconnage numérique.

    Imgp2125

     Imgp2117 1

    On le malmène, on l’étripe, on le lynche en vagabondages successifs.
    Il mange chaud le temps, comme nous d’ailleurs, et finalement il n’expire qu’à l’aube et au crépuscule.
    Aux heures tièdes de la journée.
    A ces moments qui pourraient être du matin comme du soir.
    Instants suspendus entre nuit et jour.

    Où le ciel et la mer se fondent

     Imgp2144

     Imgp2118

    Où Menelik éteint ses lumières

     Imgp2129

     Imgp2132

    Où des carrioles emmènent leur chargement d’ouvriers vers les chantiers

    Imgp2150

     Imgp2152

    Où la mosquée ventrue est encore bleue au dessus des caissesImgp2130

    Où la siesta réveille ses morts à coup de corneillesImgp2141

    Où ces mêmes morts vont tremper leur linceulImgp2139

    Avant de retourner hanter la ville fantôme.Imgp2149 1

    Bref des minutes où l’on pourrait croire que, oui, enfin le temps est mort.

    Imgp2131

     Imgp2148

    Alors immobile dans l’onde d’un ventilateur, paisible dans le courant de la clim, on en profite pour griffonner.
    Une envie qui prend comme la soif. On l’étanche. On s’épanche.
    Plic ploc de gouttes de sueur le long de l’échine.
    Scritch scratch d’une plume sur le papier.
    Les idées se répandent sur les feuilles par capillarité.
    Imgp2153

    Encore un peu de temps a été tué, une petite victoire dans l’attente du départ.
    Re-mort du temps sans remords.
    Nous savons bien que tout sera à recommencer demain.
    Car elle n’est pas encore là l’heure du retour.
    Même si son heure viendra. Même si son tour aussi.

    La prison de Gabode peut garder ses portes closes.

    Imgp2165
    Elle n’aura jamais les assassins sans victimes que nous sommes.
    Et pourtant nous n’avons pas fini de sévir…
     …encore tant de temps reste à tuer.

    Allez rentrons,