Arcimboldodejuin

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  • Honni soit qui palissandre

    Do au Sol

    De mon Fa Ré

    Que j’ai Mi Si ou La

    J’ai perdu la fréquence du monde

    Grattant les cordes à scier

    Du manche en cèdre

    De ma guitare en Herbe

    Au soleil allongé sur des branches

    D’une terrasse de rêves en mélèze

    J’abandonne ma grammaire rudimentaire

    Pour faire le serment de vigne

    Noueux comme un pied de guerre

    Celui de chanter tambour battant

    A tue tête de bâtons rompus

    Quelques romances en copeaux

    Pour nos potos des vieux rameaux

    Laisser le naturel revenir au galop

    Faire feu de toute foi,

    En des croissances de végétaux seulement je crois

    Célébrer Ovangkol sapele koa

    Divinités Végétales pour animistes aux abois

    Balancer quelques couplets de pignes

    Pour mettre des machines en sourdine

    Ne plus carburer qu’a l’encens des essences de bois

    Ecouter le chant des sommets et le souffle des forêts

    Fredonner leur Rime en écho dans les vallées

    Puis se jeter un peu de sciure aux yeux

    Pour faire la sourde autruche

    Car il ne faut pas se leurrer

    Tout ça n’ira pas loin et l’on n’y changera rien

    Alors souche, brindilles, sarments, cerneaux et autres végétaux

    Dormez comme les bûches que vous êtes

    L’humanité gazoline exsanguine l’atmosphère

    Son avenir lui est prédit sur papier carbone

    Entre 4 planches 6 pieds sous terre, elle aura 10 bonnes raisons de se taire

    Honni soit qui palissandre, sera l’épitaphe de ces vertes syllabes qui finiront en cendre

    Car déjà ma peau s’écorce

    Je sens des veines d’érable parcourir mon aubier et mon cœur duramen d’ebenier.

    Cyprès soit on de la fin, je ne buis oublier que sycomore un jour je fus et peut-être encore serai.

  • Cassiopée reine éthiopique

    Encore un souvenir étincelle

    Sur l’autoroute Moselle

    Au détour d’un regard fugace

    Sur les bords du bitume crasse

    Une envolée de poussière sur un chemin de terre

    Qu’emprunte matinale une lumière buissonnière

    Met le feu aux poudres de la mémoire

    Coffre fort des instants passés dérisoires

    Agglomère mille éclats d'incandescence

    En un instant détonant de silence

    Derrière la pluie des éclats retombant

    Loin au-delà du pare brise mosellan

    L’image floue d’une latérite éthiopique

    Où Cassiopée marchait sous son ombrelle tropique

  • Singe d'une nuit hantée

    Vendredi de juin on s’autorise un peu de vie de sauvage

    Au moins sur la page

    Tourner la clé de sol dans la ferrure des pâturages

    Se mêler aux dos argentés du blé mûrissant

    Prendre la tête du clan des bacchantes des champs

    Qu’on aperçoit par la portière

    Et qu’une houle céréalière dessine dans l’imagination

    Enfin nu comme un ver, libérer cette dernière

    Courir dans les ornières aux trousses des simiesques chimères

    Prendre les arbres dans les bras en tenue d’Adam d’Ève

    Rugir comme une bête son propre Yawp barbare de revanche

    Epoumoner l’épique cri des épis gris accroché aux branches

    Se frotter à la vie comme à l’écorce et pourquoi pas s’y fondre en devenant le bestial animal naturomorphe

    L’hominidé graminé

    Involution au crépuscule des hommes

    Qui va s’évanouir, pour disparaître peut-être

    Devenir le fantôme d’humanité deguingandé

    Grand singe d’une nuit hantée

    Dont on voit la silhouette bancale

    Dodelinée sous la lune spectrale

    Se balançant à rebours des labours

    Remontant les ruisseaux à contre cours

    Tout le long de la nuit civilisée

    Puis au matin épuisé d’avoir trop rêvé

    Chancelant a l’heure du coq égosillé

    L’air de rien, ne devient que du vent

    La brise aux mille appellations

    Sirop de sirocco

    Grenadine de Khamsin

    Huile essentielle de ponant

    Grand Harmattan de Vendavel

    Qui alanguit la peau

    S’évanouit au soleil

    Ne laissant qu’une empreinte d’arome

    Sur la couche épiderme

    Estivale essence évanescente éphémère et légère

     

    Dis Giuseppe, tu sens ce vent tiède qui nous court dans le dos ?

    C’est l’haleine de juin, le souffle d’Arcimboldo

  • Le risque de vivre

    Je vais bien. Mais voilà.

    Plus d’un an à regarder danser la farandole des fous

    Le tintamarre d’une foule montée sur ses ergots de seigle de Saint Guy

    Se rendant au bal masqué des cinglés, les yeux bandés

    Le paradoxal concept anti-social d’une société distanciée, dont le crédo fait rêver:

    - Vivre ensemble dans un confinement séparé

    - Se sourire sans le voir, l’imaginer pour le dessiner

    - Se rencontrer sans s’approcher

    - Bavarder sans s’entendre derrière des bavoirs et surtout pas trop tard le soir

    - Enfanter sans se toucher

     

    Comment vivre au milieu des bernés par le phantasme d’une vie aseptisée vers l’immortalité ?

    Car le problème est bien celui là : se projeter dans ce monde idéal

    Un monde data désinfox perdu en communication de dédale

    Un univers dealé pour se shooter les yeux écrans ouverts

    Tu veux ta dose ? allume ta télé mortifère…

    Vas-y click click click ta dope médiatique sur appli numérique

     

    Pas possible. Surtout ne pas adhérer.

    Il y a tellement d’autres façons de mourir que je choisis de risquer de vivre.

    C’est décidé.

    Même si cette vie doit être plus courte.

    Même si je ne dois jamais devenir un vénérable vulnérable.

    Se cacher, rester à cultiver son propre jardin, si possible secret, plus que jamais

    à l’écart d’une civilisation qui a reniée mon humanité

    Et ses souvenirs, et sa mémoire, et son passé

    J’irai faire la bombe dans le bassin morbide de cette société que la peur a sclérosée.

    Et à sa barbe, des pieds de nez d’éclaboussures vitales par millier

    Pour les plus téméraires, vous saurez où me trouver

    Pour les autres, évitez-moi je risquerais de vous embrasser

    Et je suis peut être contagieux...

  • La chasse aux nouvelles

     

    J’ai ouvert ma boîte aux nouvelles

    Que j’avais remisée depuis des mois à la poubelle

    Entrebâillant le couvercle, j'ai lu trois d’entre elles

    A la une: "97% des personnes infectées ne meurent pas du virus", on peut se réjouir pour elles

    Météo des plages: "97% des personnes n’ont pas attrapé le virus. Sortez les planches, sortez les masques, ça va farter, ça va surfer, les vagues n’ont pas fini de déferler. N’oubliez pas la crème solaire et les solutions hydro-alcooliques, en gel"

    Rubrique des chiens écrasés: "dans quelques semaines 270 millions d’humains connaitront la famine. Ils seront quatre fois plus nombreux que ceux qui auront croisé le virus. Ils n’auront d’ailleurs peut-être pas le temps de le rencontrer. Ne les plaignons pas, leur vie n’aura pas manqué de sel."

    Nauséeux j’ai refermé ma boîte aux nouvelles.

    J’ai mis de la distanciation entre moi et elle.

    Puis j’ai soulevé la lunette.

    Je l’ai posée dans la cuvette.

    Comme elle était bien à sa place

    J’ai tiré la chasse.

  • Des souvenirs Masaï

    Emergeant de la canopée goudron

    Le viaduc béton toise la vallée minière

    Arachnide asphalte à la toile ruisselant de fer

    Où s’accroche un brouillard comme un cancer au poumon

    Dans la mémoire étriquée du rétroviseur plastique

    Des volutes souvenirs Masaï 

    Par delà le vent de sel des dunes autoroutes 

    Filtrant dans la forêt pas vierge des pylônes électriques 

    Loin vers l’Est un soleil savane dissipe des hyènes de brume

    Ces cabots météo aux basques de la fourmilière

    Lévriers efflanqués aux trousses des retardataires

    Qu’un revers de main solaire évapore et consume

  • La machine à remonter l'enfance

    Ressac du printemps qui revient

    Etanche d’embruns méditerranéens

    Les lèvres immaculées du gisant d’albâtre

    Dont le cœur d’hiver a cessé de battre

    Susurre lui à l’oreille d’autres latitudes

    L’accent murmure des pinèdes du sud

    Rappelle lui l’écho cristallin des rires adolescents

    Dévalant la caillasse des pierriers, insouciants

    Bondissant des genêts de restanque

    Roulant dans les bruyères des calanques

    Gamins des garrigues s'écrivant des histoires à l’encre térébenthine

    Assis sur les blancs bancs calcaires ensoleillés des cimes

    Prenant récréation face au grand tableau bleu que l'horizon dessine

    Les minots lumineux de l’école espigau tous tachetés de soleil

    Avec les joues qui peguent aux confitures des tartines, à moins que ce soit la résine ou la salsepareille

    Desserre ces doigts crispés sur la poitrine de marbre

    Redonne quelques couleurs à ce masque macabre

    Dis lui encore les beaux souvenirs, qu’ils brisent son silence

    Que vibre dans ta voix le doux moteur de la machine à remonter l'enfance

    Le son du vieux vinyle, crachotis gramophone

    Grésillement de cigale dans sa poitrine d’homme

    Rappelle lui les cyprès d’aussi loin que porte ta mémoire

    La torpeur des étés sous un ciel miroir

    Où s’évaporent lavandes en sol et cades genévriers

    Conte les hautes herbes, les buis, l’azur des oliviers,

    Le sang veineux des tomettes, l’hululement des chouettes, 

    l’iode des mouettes, 

    L’ombre en poudre d’escampette,

    L’or sourcier des garrigues arides

    Et son caniard avide qui burine les rides

    Le roulement du tonnerre d’aout

    qui ne donnera aucune goutte

    Orages secs à punir les bossus

    Ce Païsse est sans eau alors ne compte pas dessus

    La terre rouge des pots sans plume, 

    Les vignes vierges des tonnelles forgées dans le midi de l’enclume,

    Le cri perdu des hirondelles, leur nid sous les tuiles

    Les navettes, les calissons, les pompes à l’huile

    Le lichen des chênes verts, liège et l’amadou sous la paume

    L’arôme graminé dont l’herbe coupée embaume

    La fraîcheur des Baumes sombres des bois caniculaires

    L’argile du sol craquelé sous les mains du brasier solaire

    Le chuchoti des grillons dans les mûres des champs abandonnés 

    Les vieux lierres des vieux murs des sentiers égarés 

    Le mimosa, les pins parasols alanguis sous l’été

    Le battement régulier du cœur diesel

    Des pointus de bois flotté

    Glissant sans plis dans l’aube pastel

    Trainant gabians en palanquée à la criée 

    La Méditerranée qui fait tous les bleus pour les yeux

    Et frissonne en reflets argentés quand Mistral et Meltem l’escagassent un peu

    Parle lui de la voilure centenaire des marronniers démesurés 

    Des haubans d’écorce où les enfants s’attachent mains et pieds

    De l’heure où la lumière rosée efface les minutes des cadrans solaires

    Où l’éreintante étreinte de la brûlure du jour se desserre

    Alors vient le coassement des grenouilles dans la pénombre des cours d’eau assoupis

    Le clapotis noctambule des fontaines aux placettes villageoises à minuit 

    La douce paix nocturne scandée aux villages des clochers endormis

    Verse enfin sur ces lèvres bleuies

    Un peu de l’élixir qui redonne la vie

    L’arôme distillé du pays sur l’alambic des bergers

    Senteur des collines, thym, romarin, laurier, paturin 

    Qui instille les souvenirs d’Arcimboldodejuin

  • Cornemuse bruyère

    Un Eire biniou court sur la lande

    Le long des pierres dressées aux lichens calleux

    Dans les sentiers douaniers des cotes escarpées

    Dominées de dolmens aux triskels ridés

    Sous une bruine battante à faire palir la tourbe

    Une silhouette cornemuse debout dans les bruyères

    Haut sur les falaises arquées contre les vents de mer

    Expire un crachin chair de poule, contre vents et marées

    L’âme de fond, entonnée entre éclairs et tonnerre

    D’un tartan vert patrick, en kilt irlandais

    Ranime les spectres de brume aux penchants naufrageurs

    Les écueils de varech sous l’écume Kilkenny

    La pinte de l’océan contre le ring Kerry