Articles de arcimboldodejuin
Du vent dans les palmes
Il est trois grammes moins le quart à l'apéritif de ma terrasse en bois tropical.
Les mains prises par mon petit verre de rosé, je m'écris une bafouille du front.
La nuit s'approche bruissant d'une vie grenouillère inimaginée pourtant réelle.
Le ciel va se répandre en galaxies infinies sur sa méridienne équatoriale.
Khamsin
J’écris ces lignes pour la cinquantième fois
C’est normal, on comprendra pourquoi
Khamsin, la cinquantaine en langue d’orient
Mais aussi le nom du vent de sable qui balaye la corne de l’Afrique au début de la saison chaude
Le grand abrasif terrestre qui sévit cinquante jours durant au pays du grand brasier solaire
Et quand il s’y met, on y voit goutte ce qui n’est pas étonnant pour une contrée désertique
Il ronge le métal, érode la roche, pulvérise l’asphalte et recouvre les pistes chamelières millénaires
Il estompe toute trace sauf les rides
Il les ravine aux visages des hommes car jamais n’arrête le temps qui passe
Et sous les flammes des camps nomades qu’il étouffe il n’en finit pas d’attiser des braises de mémoire
Eparpillant au passage une cendre plus sel que poivre aux bacchantes de ses victimes
L’Afrique une fois de plus il aura encore fallu que je commence par là
Continent infernal aux peuplades bantous où l’on a cru devoir porter la science coute que coute
A coup de souvenirs, de légendes familiales ou contées ou vécues ou vues ou lues, de formation en déformation professionnelle, et même en chansons
Elle me colle à l’âme et tatoue mon génome en filigrane
Il doit y avoir en moi quelques tribus de ribosomes scarifiés, qui dansent autour du feu quand ils ne suivent pas une méharée de rêve guidés par la croix du sud sur une piste oubliée vers le rendez-vous d’Essendilène.
Khamsin donc, toujours la cinquantaine en langue d’orient
Le nombre d’année qui me sépare maintenant du point de départ. 50 années à gravir la montagne aux Ecritures.
Comme l’impression d’arriver au sommet de l’ascension d’une vie. Voilà qui fait penser à la descente.
La grande rando à sens unique que l’on fait d’une seule traite, sans personne à l’arrivée pour te ramener au départ. C’est ballot. On est bien là haut. Faut juste s’en rendre compte. Sinon s’en souvenir.
A moins de croire dans la réincarnation, mais si c’est pour devoir refaire le chemin en pangolin, chiroptère, journaliste ou tout autre rampant sans pattes, je dis non. Et puis je souhaiterais croiser les mêmes gens. Faudrait que tout le monde se réincarne en même temps, voilà qui compliquerait le processus.
Mais s’assoir dans le fauteuil et recommencer la projection en homme, ça je veux bien. Rembobiner le film. La lumière vacillante du vieux projecteur. L’asthme de son ventilateur. La pellicule qui tremblote sur l’écran de drap tendu aux portes d’une veille armoire provençale, dans la pénombre fraiche d’une maison de campagne en été. Les images saccadées du passé. Tous ces souvenirs écoulés dans le sablier de la mémoire. Même pas le temps de se demander ce qu’il s’est passé. La punition de toujours vouloir anticiper demain.
Rembobiner la bande son aussi. Les voix des parents, les rires des enfants et des amis, les mots de tendresse, les belles chansons, les mélodies morricones inoubliables qui raniment les souvenirs et font naitre de grands sentiments, les battements de cœur de ma moitié la tête sur sa poitrine. Et tous ces autres bruits de vie qui butine : l’eau qui coule sur les rochers des torrents, les poignées de vague dans le sable, la brise dans les feuilles, les clochettes de ris contre les mats des bateaux à l’amarre, la neige qui crisse sous les pieds, le grincement des vieux volets de bois d’un mas isolé que l’on ouvre dans l’aube estivale , les cigales des aurores et grillons des veillées, les pignes qui claquent dans les feux de cheminée, le bruissement d’une abeille dans les lavandes, un rouge-gorge la nuit, le vent des mélèzes. Se rappeler aussi le sang aux tempes et le souffle court de l’effort physique et le silence trop souvent bafoué, compagnon des coins égarés et ciels étoilés, ami des esprits perdus dans leurs pensées, respiration des musiques suspendues, cistercien des vieilles pierres, blanc des flocons qui tombent.
Je ne regrette rien. Je n’aurais pu faire d’autres choix que ceux que j’ai fait au moment ou il fallait les faire. Je n’aurais pas pu trouver famille plus aimante, épouse plus bienveillante et attentionnée, Elle et mes enfants sont nouées à mon cœur pour toujours.Alors tant pis si je suis vieux. Je vous aime de toutes mes années.
Je vais prendre toute la 16eme latitude nord de franchir ces cinquantièmes vieillissant en m’accrochant aux branches de la rose des vents. Je prendrai le vol du premier alizé qui passe et vous emmènerai avec moi
Puisse-t-il nous déposer 7000 km vers l’Ouest.
Pour rattraper le soleil avant qu’il ne se couche.
Pour l’empêcher de s’endormir et de nous disparaître.
Peau de plage
Comme ne le dit aucun dicton
Tant va le printemps à l’eau qu’il faut prendre la tangente à Tanger
Question de survie morale.
A Orly au terminal des tropiques
On a pris l’exit dans un taxi diesel
Tacot mobile berbère du désert
On a roulé plein sud sans s’arrêter
Cravachant à plein poumon notre liberté
Toutes vitres ouvertes, dévorant la poussière du djebel à pleines dents
S’enivrant de goulées de piste à pleine moustache
On s’est fait la bielle jusqu’à la couler, loin
Au bout d’un lit d’oued perdu sous une couverture bleue ciel d’azur
Ainsi tarit la chevauchée, dans un fesh fesh de rêve
Le capot éventré du moteur surchauffé, fume ses dernières larmes puis sombre fissa fissa
On n’repartira p’tet jamais inch’allah alors on en profite un chouïa
Une belle pause dans le bac à dunes du grand erg saharien
Assis sur le cuir d’une peau de plage à l’infini dentelle
A caresser le grain fin de l’épiderme sable
Un lieu que l’eau a déserté, ou les palmiers sont évaporés
La vit le marchand de rêve en indigo gandoura
Sous un chèche sang tamarin il distribue des panomirages à perte de vue
Dans le gazouillis d’un thé menthe versé cent fois, il fait naitre les hallucinations tant recherchées
Ma dope à mine de crayon
Alors s’en va courir la plume
Sur des vagues d’horizon qui donnent le mal d’éphémère
Celui d’un paysage mouvant
Où ne chemine que le vent
Il dessine des arabesques légères dans cette poudre d’océan targuie
Tapis dans un silence d’orient nous ne pouvons que l’effleurer
Derrière le moucharabieh de nos vies, il y a au Sahara un monde d’éternité qui nous est interdit
Damné pays des djinns que les vivants ne peuvent qu’appréhender
Honni soit qui palissandre
Do au Sol
De mon Fa Ré
Que j’ai Mi Si ou La
J’ai perdu la fréquence du monde
Grattant les cordes à scier
Du manche en cèdre
De ma guitare en Herbe
Au soleil allongé sur des branches
D’une terrasse de rêves en mélèze
J’abandonne ma grammaire rudimentaire
Pour faire le serment de vigne
Noueux comme un pied de guerre
Celui de chanter tambour battant
A tue tête de bâtons rompus
Quelques romances en copeaux
Pour nos potos des vieux rameaux
Laisser le naturel revenir au galop
Faire feu de toute foi,
En des croissances de végétaux seulement je crois
Célébrer Ovangkol sapele koa
Divinités Végétales pour animistes aux abois
Balancer quelques couplets de pignes
Pour mettre des machines en sourdine
Ne plus carburer qu’a l’encens des essences de bois
Ecouter le chant des sommets et le souffle des forêts
Fredonner leur Rime en écho dans les vallées
Puis se jeter un peu de sciure aux yeux
Pour faire la sourde autruche
Car il ne faut pas se leurrer
Tout ça n’ira pas loin et l’on n’y changera rien
Alors souche, brindilles, sarments, cerneaux et autres végétaux
Dormez comme les bûches que vous êtes
L’humanité gazoline exsanguine l’atmosphère
Son avenir lui est prédit sur papier carbone
Entre 4 planches 6 pieds sous terre, elle aura 10 bonnes raisons de se taire
Honni soit qui palissandre, sera l’épitaphe de ces vertes syllabes qui finiront en cendre
Car déjà ma peau s’écorce
Je sens des veines d’érable parcourir mon aubier et mon cœur duramen d’ebenier.
Cyprès soit on de la fin, je ne buis oublier que sycomore un jour je fus et peut-être encore serai.
Cassiopée reine éthiopique
Encore un souvenir étincelle
Sur l’autoroute Moselle
Au détour d’un regard fugace
Sur les bords du bitume crasse
Une envolée de poussière sur un chemin de terre
Qu’emprunte matinale une lumière buissonnière
Met le feu aux poudres de la mémoire
Coffre fort des instants passés dérisoires
Agglomère mille éclats d'incandescence
En un instant détonant de silence
Derrière la pluie des éclats retombant
Loin au-delà du pare brise mosellan
L’image floue d’une latérite éthiopique
Où Cassiopée marchait sous son ombrelle tropique
Singe d'une nuit hantée
Vendredi de juin on s’autorise un peu de vie de sauvage
Au moins sur la page
Tourner la clé de sol dans la ferrure des pâturages
Se mêler aux dos argentés du blé mûrissant
Prendre la tête du clan des bacchantes des champs
Qu’on aperçoit par la portière
Et qu’une houle céréalière dessine dans l’imagination
Enfin nu comme un ver, libérer cette dernière
Courir dans les ornières aux trousses des simiesques chimères
Prendre les arbres dans les bras en tenue d’Adam d’Ève
Rugir comme une bête son propre Yawp barbare de revanche
Epoumoner l’épique cri des épis gris accroché aux branches
Se frotter à la vie comme à l’écorce et pourquoi pas s’y fondre en devenant le bestial animal naturomorphe
L’hominidé graminé
Involution au crépuscule des hommes
Qui va s’évanouir, pour disparaître peut-être
Devenir le fantôme d’humanité deguingandé
Grand singe d’une nuit hantée
Dont on voit la silhouette bancale
Dodelinée sous la lune spectrale
Se balançant à rebours des labours
Remontant les ruisseaux à contre cours
Tout le long de la nuit civilisée
Puis au matin épuisé d’avoir trop rêvé
Chancelant a l’heure du coq égosillé
L’air de rien, ne devient que du vent
La brise aux mille appellations
Sirop de sirocco
Grenadine de Khamsin
Huile essentielle de ponant
Grand Harmattan de Vendavel
Qui alanguit la peau
S’évanouit au soleil
Ne laissant qu’une empreinte d’arome
Sur la couche épiderme
Estivale essence évanescente éphémère et légère
Dis Giuseppe, tu sens ce vent tiède qui nous court dans le dos ?
C’est l’haleine de juin, le souffle d’Arcimboldo
Le risque de vivre
Je vais bien. Mais voilà.
Plus d’un an à regarder danser la farandole des fous
Le tintamarre d’une foule montée sur ses ergots de seigle de Saint Guy
Se rendant au bal masqué des cinglés, les yeux bandés
Le paradoxal concept anti-social d’une société distanciée, dont le crédo fait rêver:
- Vivre ensemble dans un confinement séparé
- Se sourire sans le voir, l’imaginer pour le dessiner
- Se rencontrer sans s’approcher
- Bavarder sans s’entendre derrière des bavoirs et surtout pas trop tard le soir
- Enfanter sans se toucher
Comment vivre au milieu des bernés par le phantasme d’une vie aseptisée vers l’immortalité ?
Car le problème est bien celui là : se projeter dans ce monde idéal
Un monde data désinfox perdu en communication de dédale
Un univers dealé pour se shooter les yeux écrans ouverts
Tu veux ta dose ? allume ta télé mortifère…
Vas-y click click click ta dope médiatique sur appli numérique
Pas possible. Surtout ne pas adhérer.
Il y a tellement d’autres façons de mourir que je choisis de risquer de vivre.
C’est décidé.
Même si cette vie doit être plus courte.
Même si je ne dois jamais devenir un vénérable vulnérable.
Se cacher, rester à cultiver son propre jardin, si possible secret, plus que jamais
à l’écart d’une civilisation qui a reniée mon humanité
Et ses souvenirs, et sa mémoire, et son passé
J’irai faire la bombe dans le bassin morbide de cette société que la peur a sclérosée.
Et à sa barbe, des pieds de nez d’éclaboussures vitales par millier
Pour les plus téméraires, vous saurez où me trouver
Pour les autres, évitez-moi je risquerais de vous embrasser
Et je suis peut être contagieux...
La chasse aux nouvelles
J’ai ouvert ma boîte aux nouvelles
Que j’avais remisée depuis des mois à la poubelle
Entrebâillant le couvercle, j'ai lu trois d’entre elles
A la une: "97% des personnes infectées ne meurent pas du virus", on peut se réjouir pour elles
Météo des plages: "97% des personnes n’ont pas attrapé le virus. Sortez les planches, sortez les masques, ça va farter, ça va surfer, les vagues n’ont pas fini de déferler. N’oubliez pas la crème solaire et les solutions hydro-alcooliques, en gel"
Rubrique des chiens écrasés: "dans quelques semaines 270 millions d’humains connaitront la famine. Ils seront quatre fois plus nombreux que ceux qui auront croisé le virus. Ils n’auront d’ailleurs peut-être pas le temps de le rencontrer. Ne les plaignons pas, leur vie n’aura pas manqué de sel."
Nauséeux j’ai refermé ma boîte aux nouvelles.
J’ai mis de la distanciation entre moi et elle.
Puis j’ai soulevé la lunette.
Je l’ai posée dans la cuvette.
Comme elle était bien à sa place
J’ai tiré la chasse.
Des souvenirs Masaï
Emergeant de la canopée goudron
Le viaduc béton toise la vallée minière
Arachnide asphalte à la toile ruisselant de fer
Où s’accroche un brouillard comme un cancer au poumon
Dans la mémoire étriquée du rétroviseur plastique
Des volutes souvenirs Masaï
Par delà le vent de sel des dunes autoroutes
Filtrant dans la forêt pylône des lianes électriques
Loin vers l’Est un soleil savane dissipe des hyènes de brume
Ces cabots météo aux basques de la fourmilière
Lévriers efflanqués aux trousses des retardataires
Qu’un revers de main solaire évapore et consume
La machine à remonter l'enfance
Ressac du printemps qui revient
Etanche d’embruns méditerranéens
Les lèvres immaculées du gisant d’albâtre
Dont le cœur d’hiver a cessé de battre
Susurre lui à l’oreille d’autres latitudes
L’accent murmure des pinèdes du sud
Rappelle lui l’écho cristallin des rires adolescents
Dévalant la caillasse des pierriers, insouciants
Bondissant des genêts de restanque
Roulant dans les bruyères des calanques
Gamins des garrigues s'écrivant des histoires à l’encre térébenthine
Assis sur les blancs bancs calcaires ensoleillés des cimes
Prenant récréation face au grand tableau bleu que l'horizon dessine
Les minots lumineux de l’école espigau tous tachetés de soleil
Avec les joues qui peguent aux confitures des tartines, à moins que ce soit la résine ou la salsepareille
Desserre ces doigts crispés sur la poitrine de marbre
Redonne quelques couleurs à ce masque macabre
Dis lui encore les beaux souvenirs, qu’ils brisent son silence
Que vibre dans ta voix le doux moteur de la machine à remonter l'enfance
Le son du vieux vinyle, crachotis gramophone
Grésillement de cigale dans sa poitrine d’homme
Rappelle lui les cyprès d’aussi loin que porte ta mémoire
La torpeur des étés sous un ciel miroir
Où s’évaporent lavandes en sol et cades genévriers
Conte les hautes herbes, les buis, l’azur des oliviers,
Le sang veineux des tomettes, l’hululement des chouettes,
l’iode des mouettes,
L’ombre en poudre d’escampette,
L’or sourcier des garrigues arides
Et son caniard avide qui burine les rides
Le roulement du tonnerre d’aout
qui ne donnera aucune goutte
Orages secs à punir les bossus
Ce Païsse est sans eau alors ne compte pas dessus
La terre rouge des pots sans plume,
Les vignes vierges des tonnelles forgées dans le midi de l’enclume,
Le cri perdu des hirondelles, leur nid sous les tuiles
Les navettes, les calissons, les pompes à l’huile
Le lichen des chênes verts, liège et l’amadou sous la paume
L’arôme graminé dont l’herbe coupée embaume
La fraîcheur des Baumes sombres des bois caniculaires
L’argile du sol craquelé sous les mains du brasier solaire
Le chuchoti des grillons dans les mûres des champs abandonnés
Les vieux lierres des vieux murs des sentiers égarés
Le mimosa, les pins parasols alanguis sous l’été
Le battement régulier du cœur diesel
Des pointus de bois flotté
Glissant sans plis dans l’aube pastel
Trainant gabians en palanquée à la criée
La Méditerranée qui fait tous les bleus pour les yeux
Et frissonne en reflets argentés quand Mistral et Meltem l’escagassent un peu
Parle lui de la voilure centenaire des marronniers démesurés
Des haubans d’écorce où les enfants s’attachent mains et pieds
De l’heure où la lumière rosée efface les minutes des cadrans solaires
Où l’éreintante étreinte de la brûlure du jour se desserre
Alors vient le coassement des grenouilles dans la pénombre des cours d’eau assoupis
Le clapotis noctambule des fontaines aux placettes villageoises à minuit
La douce paix nocturne scandée aux villages des clochers endormis
Verse enfin sur ces lèvres bleuies
Un peu de l’élixir qui redonne la vie
L’arôme distillé du pays sur l’alambic des bergers
Senteur des collines, thym, romarin, laurier, paturin
Qui instille les souvenirs d’Arcimboldodejuin
Cornemuse bruyère
Un Eire biniou court sur la lande
Le long des pierres dressées aux lichens calleux
Dans les sentiers douaniers des cotes escarpées
Dominées de dolmens aux triskels ridés
Sous une bruine battante à faire palir la tourbe
Une silhouette cornemuse debout dans les bruyères
Haut sur les falaises arquées contre les vents de mer
Expire un crachin chair de poule, contre vents et marées
L’âme de fond, entonnée entre éclairs et tonnerre
D’un tartan vert patrick, en kilt irlandais
Ranime les spectres de brume aux penchants naufrageurs
Les écueils de varech sous l’écume Kilkenny
La pinte de l’océan contre le ring Kerry
L'Air mitral
Un froid saumoné embrase les cimes
Insoupçonnable rose des sables blancs flamboyant dans un soleil couchant
Fait vibrer la Voie lactée givrée où des astres de flocons scintillent inutilement
Cette neige sucrée de glace fait crisser sur les crêtes un air mitral
Une mélodie qui souffle au cœur une nostalgie dans la poitrine
Une berceuse pour que les mélèzes allongent leur ombre
Sur un vison immaculé d’une piste aux étoiles désargentées
Où le temps semble s’être lui aussi figé
Sans trace, sans ride, sans âge, sans la grouillante civilisation
Pourvu que ça ne soit pas la mélopée d’un monde en voie de disparition
Vers d'hiver
Poème dix vers
Au diable le linceul gris du ciel d’hiver
Pied au plancher de mon tombeau ouvert
J’ai vu le ciel croque mort mordre la poussière
Ce matin dans le rétro de mon cheval de fer
Sur la cote des vendanges tardives, enfin la lumière
Le jupon bleu écarlate de la belle bergère
Semant de nuageux moutons pour le grand Patre solaire
Pastorale pastel éphémère
Revoilà le brouillard, le gel, l’hiver
Lorraine
Lorraine est une femme battue
Hantant une lande éventrée de labours boueux,
Parcourue d’ogre Haut fourneau aux pieds de mine
Elle ouvre ses paupières matinales sur des aurores ecchymoses
Où des yeux au bleu délavé à coup de trique climatique
Contemplent à perte de vue l’horizon hématique
Scarifiée de village rue dont les brancards béton
Charrient des spectres de gueules noires qui furent aussi cassées
Saignée aux quatre veines de charbon de bois de fer
Il ne faut pas se mentir sa vie est un enfer
Où se pansent des blessures Maginot pas imaginaires.
Croute de sel et nasse de givre
Sous son revêtement luisant le gel s’enlace un ruban de route
Son cristal crisse sous sa croute de sel quand il l’embrasse
Loin devant les yeux des feux stop zigzaguent leurs traces
Balises en détresse d’artifice glissant de place en place
Jusqu’à se prendre en masse dans un brouillard en nasse
Du bitume en croûte de glace
Le menu de l'hiver au petit déjeuner
Où gît l'autoroute givrée
Un sorbet dans la gueule façon gibier
une main bleuie que le froid a gantée
L'a prise par le colbac et l'a violentée
Lui secouant l'asphalte en débris frigorés
Son dernier souffle éteint en nuage bleuté
Elle est allongée dans les étendues gelées
Moribond enrobé glacialement mortifié
Tant pis pour les égarés malheur aux naufragés
Les forêts se sont tues, l'asphalte est pétrifié
Meules sarabandes
J’ai pris la clé des champs sous le paillasson de goudron
Franchissant les bosquets fuguant dans les sentiers
Bondissant de bocages en amont des futaies
Je suis tombé sur des meules ébouriffées sur l’horizon
Un vent joueur semait leurs fétus
Chef d’orchestre végétal droites dans leurs bottes de paille
Au beau milieu d’une farandole épouvantail
Elles jouaient la valse de la substantifique moelle
Faisant fi de ce foin une liane m’a pris les mains
On a ri, chanté et dansé à tue tête
Une pastorale d’herbes, de Faunes, de bêtes
Mâchonnant des brins d’elles
On s’est roulé dans les sauterelles
Au crépuscule des nuées j’étais devenu Peul
Humant l’amère mélange des sarabandes de meules
Dans les vapeurs ambrées d’une rosée du soir
Assis dans les prés, étendus sous les astres
A ne surtout pas parler, nous écoutant nous taire
Eperdus sous le silence lacté des millénaires
Poète point égaré, au contraire à sa place
Conteur des herbacées, sans un sou et sans piastre
Amants de saison
Dissipant le brouillard de ses paupières
La terre fait glisser sa pelisse de boue sombre d’hiver
Dévoilant l’opulent vert tendre de son décolleté printanier
Elle dénude une peau graminée où la brise ondule des herbes argentées
Sur son épaule tatouées à l’encre solaire les veines des premiers sentiers d’été
Ses coteaux de corsage aux vallons arrondis se soulèvent en cadence sous la houle des champs
Seins de glace d’un corps pas si sage palpitant en frisson aux caresses du printemps
Dévalant en riant les pentes bruits-sonnantes de bosquets en fleur
Traversant les étendues champêtres de coquelicoeurs
Démêlant des bouquets de jeunes pousses en branche
Dégringolant les boucles blondes des hauts blés des prés
Voilà le sable duveteux des dunes de ses hanches
Qui parsème la courbure de ses reins en chemin douanier
Caresse d’herbe folle en épis qui glisse
Les doigts chèvrefeuille parcourent doucement ses cuisses
Bouquet jasmin, thym, romarin
La peau exhale toute une garrigue de chemin,
Assortiment de senteur en floraison
De quoi perdre en déraison les amants de saison
Allez rentrons
Un jour vint le retour, Djibouti 18 aout 2015.
Aéroport d’Ambouli. Les moteurs tournent.
L’air vibre sous les coups de marteau que le soleil lui inflige.
Le goudron de la piste d’atterrissage se liquéfie sur l’enclume du sol en ébullition.
Stigmates d’un été dans la corne d’Afrique.
Dans quelques instants on volera le retour.
Si l’aéronef arrive à dépatouiller ses roues de la marée noire du tarmac.
Dernier coup d’œil en arrière, par-dessus l’épaule, les paupières plissées par toute cette écrasante luminosité.

C’était Djibouti.
Une lande décharnée et famélique qui grille comme le grain d’un café éthiopien, mais sans cérémonie.
Une belle et hostile terre, sensuelle et dure.
Nous sommes contents de l’avoir connue. Même si ça n’était pas gagné.
Mais voilà.
Après d’abondants lavages oculaires aux gouttes de sérum panoramique, de nombreuses fumigations aux vapeurs d’encens omanais, de longues et répétées caresses à la crème de soleil Somali et quelques nuits suspendues entre étoiles et échos des muezzins aux accents noctambules, la mayonnaise du globiboulga Afar a pris (car oui il y a aussi de la mayonnaise dans le globiboulga).
Djibouti, Nous partons et ne reviendrons pas
Je t’écris à regret une dernière fois
Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi
Aucune des pages de notre vie de famille écrites dans l’aucre de tes déserts,
Aucune de nos empreintes de pas éphémères dans le sable humide de tes plages sauvages
Aucun de nos souffles ébahis sur le tombant bleu de tes récifs coralliens
Aucune de nos silhouettes rupestres ondulant dans les nuits désertiques aux feux primitifs des camps nomades
Aucune de nos ombres brulantes éclaboussées de soleil sur les écailles noires de ton sol volcanique

Nous partons et ne reviendrons pas
Je t’écris à regret une dernière fois
Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi
Nos malles sont pleines
De poussière et de sable africains avant tout
Mais aussi de trésors qui ne le sont que pour nous
Des petits riens pour se souvenir beaucoup et transmettre un peu car n’est-ce pas là aussi le propre de l’homme ?
Nous ramenons des pense-bêtes pour panser la mémoire des hominidés que nous sommes
Des clichés numériques de beaux moments partagés, parfois mystiques
Tous uniques
Des babioles qui n'ont de valeur que par les instants de vie que nous y avons noués

Nous partons et ne reviendrons pas
Je t’écris à regret une dernière fois
Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi
Mais nous promettons aussi de continuer le voyage.
Tailler la route, la piste, dropper le djebel, crapahuter les monts, randonner les vaux, explorer les GR
Ébouriffer encore les branches de la rose des vents comme des enfants espiègles histoire de mettre un peu le bazar dans ses points trop cardinaux
Car nous t’aurons apprécié aussi pour ce que tu as permis
Partir. Découvrir, voir, contempler, le soleil se lever à l’Est sur l’écrin omanais, se coucher à l’Ouest sur l’Ethiopie multi ethnique éclairer au Sud l'aventure tanzanienne
Le Nord appelle maintenant, probable détour pour d’autres horizons

Nous partons et ne reviendrons pas
Je t’écris à regret une dernière fois
Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi
Un infernal vent internet ne tardera pas à effacer ces lettres comme autant de traces de pas dans le sable fin de l'oued
Rien ne dure surtout pas le virtuel puisqu'il n’existe pas
Il demeurera seulement la joie des rencontres et amitiés liées, les délires partagés sans recours à d’illicites substances (tout au plus quelques mojitos, un peu de St Georges et des brochettes de bœuf éthiopien au feu de bois sous un ciel abasourdi d’étoiles)
Ces syllabes jetées en ricochet pour la prolongation des choses
Ne sont rien d’autre que l’expression d’une liberté indomptable sur papier inexistant
Une liberté de sauvage...de sauvage...
Une porte ouverte pour laisser libre cours à ce qui court à l’intérieur et le laisser courir loin
Loin ?
N’était-ce pas là que nous étions ?
Allez rentrons
« Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé)
Que vous n’avez fait qu’un somme, pendant que ces visions vous apparaissaient.
Ce thème faible et vain, et qui ne contient pas plus qu’un songe, gentils spectateurs, ne le condamnez pas ;
Nous ferons mieux, si vous pardonnez. Oui, foi d’honnête Puck,
Si nous avons la chance imméritée d’échapper aujourd’hui au sifflet du serpent,
Nous ferons mieux avant longtemps, ou tenez Puck pour un menteur.
Sur ce, bonsoir, vous tous.
Donnez-moi toutes vos mains, si nous sommes amis,
Et Robin prouvera sa reconnaissance. »
W. Shaekespeare, Songes d'une nuit d'été
On a tué le temps
Dans l'attente du retour, Djibouti aout 2015
A l’image des caravanes de sel sur la toile d’un peintre inconnu, les jours se sont arrêtés au pays des droits de l’homme.
Dans le sablier de l’Est africain, la pendule du grand horloger est enrayée.
Khamsinisée et lyophilisée comme le reste. Peut-être l’oeuvre de quelque déesse qui n’a pas envie que le mois du blanc s’achève…

Les djiboutiens qui voyaient arriver la fin du Ramadan avec appétit vont devoir patienter encore un peu, ultime tentation divine, dernière épreuve rédemptrice.
Après ce sera l’Aïd el-Fitr, le silence des agneaux.
Pour les autres, et bien ça signifie que la date du retour ne s’approche plus. Damned.

Va falloir durer. Garder un oeil photographique, forcément objectif, sur ce qui nous entoure et qui étonne moins.
Qui risque de devenir familier. Voire auquel on pourrait s’attacher.

Rester en alerte pour ne pas tomber du côté où le climat et peut-être un peu de fatigue nous poussent.
Des hallucinations envahissent déjà les pages du blog et ça n’est pas bon signe.
C’était trop tôt pour arrêter les brochettes de mérou…
Faut se reprendre, mon gars, sinon tu finiras en ermite au fin fond d’un repaire de blogueur, emmuré vivant dans une chaleureuse moiteur comme un cancer du tropique.
Non non non, tropicalitude molle tu n’auras pas ma peau, contrairement aux matous collés aux vitres des pièces climatisées.

Le temps s’est arrêté ? Soit, nous allons l’immoler.
Tuons ce temps qui ne passe plus.
La tâche est aisée le matin car il n’oppose pas trop de résistance.
Le travail en vient facilement à bout, travail tabou.
Le reste du temps ne se laisse pas faire.
On l’attache à une chaise, un soleil de midi dans la figure pour qu’il nous dise tout, on le soumet à la question d’une sieste nécessaire, on le passe à tabac de plongées frénétiques, on l’étrangle au collet du braconnage numérique.
On le malmène, on l’étripe, on le lynche en vagabondages successifs.
Il mange chaud le temps, comme nous d’ailleurs, et finalement il n’expire qu’à l’aube et au crépuscule.
Aux heures tièdes de la journée.
A ces moments qui pourraient être du matin comme du soir.
Instants suspendus entre nuit et jour.
Où le ciel et la mer se fondent
Où Menelik éteint ses lumières
Où des carrioles emmènent leur chargement d’ouvriers vers les chantiers
Où la mosquée ventrue est encore bleue au dessus des caisses
Où la siesta réveille ses morts à coup de corneilles
Où ces mêmes morts vont tremper leur linceul
Avant de retourner hanter la ville fantôme.
Bref des minutes où l’on pourrait croire que, oui, enfin le temps est mort.
Alors immobile dans l’onde d’un ventilateur, paisible dans le courant de la clim, on en profite pour griffonner.
Une envie qui prend comme la soif. On l’étanche. On s’épanche.
Plic ploc de gouttes de sueur le long de l’échine.
Scritch scratch d’une plume sur le papier.
Les idées se répandent sur les feuilles par capillarité.

Encore un peu de temps a été tué, une petite victoire dans l’attente du départ.
Re-mort du temps sans remords.
Nous savons bien que tout sera à recommencer demain.
Car elle n’est pas encore là l’heure du retour.
Même si son heure viendra. Même si son tour aussi.
La prison de Gabode peut garder ses portes closes.

Elle n’aura jamais les assassins sans victimes que nous sommes.
Et pourtant nous n’avons pas fini de sévir…
…encore tant de temps reste à tuer.
Allez rentrons,
Ville noire saignée à blanc
Souvenir d'un mois de juillet en ville, République de Djibouti, 2015.
Juin dégoulinait dans la chaleur moite d’un été approchant, juillet se torréfie dans les bourrasques d'un vent désertique.

Les voies aériennes ramènent les familles en France, pour l’été ou définitivement.
Djibouti se vide.

L’agent orange recouvre cette ville noire saignée à blanc. Les djiboutiens vont encore dire que c’est un coup des américains.
Mais ce n’est que le Khamsin, qui égrene ses 50 jours de sable. Il exhale son haleine brulante dans les rues, obstrue l’horizon et masque le soleil.

Période particulière, à la mine patibulaire . Pays désert, ville exsangue. Plus aucun chouf pour réclamer des bakchichs. La voie est libre et les parkings à nouveau gratuits. Voilà qui convient parfaitement au braconnage numérique. Ne présager de rien. Ne pas influencer le cours des choses. Laisser l’image venir à l’objectif. Fureter. Observer en passant.

Avec Brindille, nous allons nous perdre dans les rues de la ville. Baroud d’honneur de cette brave petite voiture qui finira sa vie ici. La traite des blanches version mécanique. Mais alors qu’une vie d’homme est comptée au djiboutland, celle d’une voiture est étrangement longue.
Les garagistes locaux sont très forts en réanimation africanisatrice. Des adeptes du « bankal-kiroul », le seul art à durer dans cette contrée. Il n’y a qu’à voir les taxis: colmatage de ci, rabotage de ça, ajout de bouts inutiles, ablation d’autres utiles, conversion des pièces d’origine en pièces chinoises assurant de perpétuelles réparations éphémères.
L’excision mutilatrice, une fâcheuse tendance dans la corne d’Afrique.
Seuls les hommes et des hommes seuls restent au djiboutland. C’est ce que les nayas d’Ethiopie aux jupes courtes, aux abyssins décolletés et mains baladeuses, celles des bars glauques des fins fonds de la ville, appelaient le mois du blanc. Rapport à la couleur de peau de cette clientèle qui affluait aussitôt la famille dans l’avion. Les dessous d’une vie portuaire où l’éloignement de la mère patrie donne l’illusion que tout est permis une fois la mère partie. Cette époque n’est pas complètement révolue. Mais les attentats ont un peu refroidi les chauds lapins. La nuit il fait maintenant désert à l’ombre du palmier en zinc.

Désert aussi le jour pour raisons contraires. C’est le Ramadan qui frappe.
Tout le monde s’économise dans la pénombre ou à la climatisation.

La plage de la siesta, bondée il y a quelques jours encore, a cessé de jeter ses enfants sous les roues des 4×4.

Elle est totalement vide, et presque propre. Livrée au vent qui mêle le sable rouge au sable blanc de la mer bleue et emporte avec lui les derniers détritus. Même les vendeuses de Khat ont pris le rythme. Elles ne sortent plus qu’à la tombée de la nuit, comme des spectres dans les phares des voitures. Dans le Khamsin, leurs voiles ont des allures de feuilles mortes soulevées par l’automne.

Au-delà du rond point de Tokyo, le plateau du serpent love ses rails le long des quais. Le souvenir d’un train qui ne viendra plus. seuls des Afars ébouriffés égarés errent encore hagards dans la gare abandonnée. Les chinois en ont construit une nouvelle en dehors de la ville, loin du centre.

Un peu plus loin la croix de Lorraine perd pied. Elle s’efface par le bas ce qui n’estompera pas pour autant le souvenir des colonies. Bon pour les uns, mauvais pour les autres comme à chaque fois.
Déserte aussi la plage du Héron. Les deux pieds dans un sable trop chaud, la tête dans un soleil trop haut, le bec tendu vers une mer trop basse. Les mêmes bateaux sont toujours là dans le port voisin, échoués peut-être ou fondant le métal de leur coque dans les vagues tièdes de la baie.

A Ambouli, le boiteux veille sur la voie ferrée. Véritable cordon ombilical de 85 millions d’Ethiopiens vers une mer inaccessible.


Pendant ce temps les dromadaires sillonnent le bidon ville sous l’oeil rond des chèvres coprophages. Au milieu des ruines, autour des toukouls de fortune, des maisons gigantesques sont bâties à la chaine.

Il paraitrait que la présidence va faire payer une taxe sur les terrains inhabités…probablement pas l’unique raison de tous ces chantiers. Voila qui sent le blanchiment d’un argent salement gagné. Celui de la piraterie ? peut-être bien.
Dans les quartiers perdus, lorsqu’on arrive là où le goudron refuse d’aller, un peu plus d’agitation sur les routes défoncées. Des enfants surtout, jeunes qui ne jeunent pas, courent au milieu des poubelles débordantes éventrées. Ils s’enfuient en riant devant la voiture, sous l’oeil rutilant des mosquées. Allah et le président sont bien logés au djiboutland.

De temps en temps des barbus immaculés avachis dans l’ombre jettent un oeil islamiste à cette chevrolet suppôt de l’occident qui vient troubler leur disette. Heureusement que le Shaytan hirsute qui tient le volant à la barbe courtoise. Un salut de la main, un sourire, allez ça va tu peux y aller Infidèle.

Retour au centre ville par la piste. L’ancienne place du marché maintenant gare routière et son minaret ventru.
Un grain de beauté au milieu des verrues.

Et disséminés un peu partout des vestiges de bâtiments qui furent beau.
Djibouti, entre bidonville et ruines habitées. Une ville nomade quoi.
Après ces images, il est bon de le rappeler:

Un peu plus haut sur la place Menelik, les taxis bercent leur chauffeurs dans la fraicheur relative d’une ombre timide.

Le restaurant « la chaumière » ravagé par l’attentat de mai 2014 a été reconstruit.
On y mange à nouveau très bien, un oeil sur la porte d’entrée, les fesses serrées.

Enfin la place des banques et ça se voit. Les décorations de Noel sont toujours là.
A quoi servirait de les enlever, Noel va revenir.

Au large l'ile de Moucha est abandonnée dans une brume de sable grumeleux.
Le ponton giflé par les vagues a replié son bras au sec.
Transats et fauteuils ont transhumé vers les abris. On accoste en se mouillant les pattes dans une soupe servie à la température l’air.

Sur la plage, les taus ont été arrachés et flottent déchirés comme des étendards de champ de bataille à la fin des combats. Ils ont été battus par le vent. Les parasols ont ébouriffé leur palme. A leurs pieds les jeux d’enfants sont renversés. Le sable s’accumule contre les murs en petites dunes régulieres. L’éolienne du lagon bleu a baissé les armes. L’ile reprend ses droits.

Au milieu des caisses de St Georges, il ne reste plus que de mous chats et le fantôme de Monfreid, qui trinquent ensemble à la défaite saisonnière de l’homme.

Retour mérité à la vie sauvage pour un endroit à préserver.
Allez rentrons.













