Arcimboldodejuin

Articles de arcimboldodejuin

Dans Voyages
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Qu'aux Saintes n'y touche !

Par Le 12/11/2022

Aux Saintes, on sait bien faire le planteur. Mais attention ça n'est pas une boisson de pleutre.

De toutes façons le pleutreur n'existe pas. Pourquoi ?

Tout simplement parce que le pleutre ne pousse pas dans les champs. Tout au plus se cache-t-il dans la canne. Bref.

Il est 5 grammes de rhum blanc moins dix à l’apéritif en bois tropical du ponton qui ne mène à rien sauf à la mer devant lui.

Dans le désordre pourtant sans contrepèterie de la fin d’après midi, le rhum tabasse ses victimes.

Dans Voyages
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Du vent dans les palmes

Par Le 29/10/2022

Il est trois grammes moins le quart à l'apéritif de ma terrasse en bois tropical.

Les mains prises par mon petit verre de rosé, je m'écris une bafouille du front.

La nuit s'approche bruissant d'une vie grenouillère inimaginée pourtant réelle.

Le ciel va se répandre en galaxies infinies sur sa méridienne équatoriale.

Gwada

Khamsin

Par Le 07/06/2022

J’écris ces lignes pour la cinquantième fois

C’est normal, on comprendra pourquoi

Khamsin, la cinquantaine en langue d’orient

Mais aussi le nom du vent de sable qui balaye la corne de l’Afrique au début de la saison chaude

Le grand abrasif terrestre qui sévit cinquante jours durant au pays du grand brasier solaire

Et quand il s’y met, on y voit goutte ce qui n’est pas étonnant pour une contrée désertique

Il ronge le métal, érode la roche, pulvérise l’asphalte et recouvre les pistes chamelières millénaires

Il estompe toute trace sauf les rides

Il les ravine aux visages des hommes car jamais n’arrête le temps qui passe

Et sous les flammes des camps nomades qu’il étouffe il n’en finit pas d’attiser des braises de mémoire

Eparpillant au passage une cendre plus sel que poivre aux bacchantes de ses victimes

L’Afrique une fois de plus il aura encore fallu que je commence par là

Continent infernal aux peuplades bantous où l’on a cru devoir porter la science coute que coute

A coup de souvenirs, de légendes familiales ou contées ou vécues ou vues ou lues, de formation en déformation professionnelle, et même en chansons

Elle me colle à l’âme et tatoue mon génome en filigrane

Il doit y avoir en moi quelques tribus de ribosomes scarifiés, qui dansent autour du feu quand ils ne suivent pas une méharée de rêve guidés par la croix du sud sur une piste oubliée vers le rendez-vous d’Essendilène.

Khamsin donc, toujours la cinquantaine en langue d’orient

Le nombre d’année qui me sépare maintenant du point de départ. 50 années à gravir la montagne aux Ecritures.

Comme l’impression d’arriver au sommet de l’ascension d’une vie. Voilà qui fait penser à la descente.

La grande rando à sens unique que l’on fait d’une seule traite, sans personne à l’arrivée pour te ramener au départ. C’est ballot. On est bien là haut. Faut juste s’en rendre compte. Sinon s’en souvenir.

A moins de croire dans la réincarnation, mais si c’est pour devoir refaire le chemin en pangolin, chiroptère, journaliste ou tout autre rampant sans pattes, je dis non. Et puis je souhaiterais croiser les mêmes gens. Faudrait que tout le monde se réincarne en même temps, voilà qui compliquerait le processus.

Mais s’assoir dans le fauteuil et recommencer la projection en homme, ça je veux bien. Rembobiner le film. La lumière vacillante du vieux projecteur. L’asthme de son ventilateur. La pellicule qui tremblote sur l’écran de drap tendu aux portes d’une veille armoire provençale, dans la pénombre fraiche d’une maison de campagne en été.  Les images saccadées du passé. Tous ces souvenirs écoulés dans le sablier de la mémoire. Même pas le temps de se demander ce qu’il s’est passé. La punition de toujours vouloir anticiper demain.

Rembobiner la bande son aussi. Les voix des parents, les rires des enfants et des amis, les mots de tendresse, les belles chansons, les mélodies morricones inoubliables qui raniment les souvenirs et font naitre de grands sentiments, les battements de cœur de ma moitié la tête sur sa poitrine. Et tous ces autres bruits de vie qui butine : l’eau qui coule sur les rochers des torrents, les poignées de vague dans le sable, la brise dans les feuilles, les clochettes de ris contre les mats des bateaux à l’amarre, la neige qui crisse sous les pieds, le grincement des vieux volets de bois d’un mas isolé que l’on ouvre dans l’aube estivale , les cigales des aurores et grillons des veillées, les pignes qui claquent dans les feux de cheminée, le bruissement d’une abeille dans les lavandes, un rouge-gorge la nuit, le vent des mélèzes. Se rappeler aussi le sang aux tempes et le souffle court de l’effort physique et le silence trop souvent bafoué, compagnon des coins égarés et ciels étoilés, ami des esprits perdus dans leurs pensées, respiration des musiques suspendues, cistercien des vieilles pierres, blanc des flocons qui tombent.

Je ne regrette rien. Je n’aurais pu faire d’autres choix que ceux que j’ai fait au moment ou il fallait les faire. Je n’aurais pas pu trouver famille plus aimante, épouse plus bienveillante et attentionnée, Elle et mes enfants sont nouées à mon cœur pour toujours.Alors tant pis si je suis vieux. Je vous aime de toutes mes années.

Je vais prendre toute la 16eme latitude nord de franchir ces cinquantièmes vieillissant en m’accrochant aux branches de la rose des vents. Je prendrai le vol du premier alizé qui passe et vous emmènerai avec moi

Puisse-t-il nous déposer  7000 km vers l’Ouest.

Pour rattraper le soleil avant qu’il ne se couche. 

Pour l’empêcher de s’endormir et de nous disparaître.

Dans Voyages
Erg 2

Peau de plage

Par Le 19/04/2022

Comme ne le dit aucun dicton
Tant va le printemps à l’eau qu’il faut prendre la tangente à Tanger
Question de survie morale.
A Orly au terminal des tropiques
On a pris l’exit dans un taxi diesel
Tacot mobile berbère du désert
On a roulé plein sud sans s’arrêter
Cravachant à plein poumon notre liberté
Toutes vitres ouvertes, dévorant la poussière du djebel à pleines dents
S’enivrant de goulées de piste à pleine moustache
On s’est fait la bielle jusqu’à la couler, loin
Au bout d’un lit d’oued perdu sous une couverture bleue ciel d’azur

Ainsi tarit la chevauchée, dans un fesh fesh de rêve
Le capot éventré du moteur surchauffé, fume ses dernières larmes puis sombre fissa fissa
On n’repartira p’tet jamais inch’allah alors on en profite un chouïa
Une belle pause dans le bac à dunes du grand erg saharien
Assis sur le cuir d’une peau de plage à l’infini dentelle
A caresser le grain fin de l’épiderme sable
Un lieu que l’eau a déserté, ou les palmiers sont évaporés
La vit le marchand de rêve en indigo gandoura
Sous un chèche sang tamarin il distribue des panomirages à perte de vue
Dans le gazouillis d’un thé menthe versé cent fois, il fait naitre les hallucinations tant recherchées
Ma dope à mine de crayon
Alors s’en va courir la plume
Sur des vagues d’horizon qui donnent le mal d’éphémère
Celui d’un paysage mouvant
Où ne chemine que le vent
Il dessine des arabesques légères dans cette poudre d’océan targuie
Tapis dans un silence d’orient nous ne pouvons que l’effleurer
Derrière le moucharabieh de nos vies, il y a au Sahara un monde d’éternité qui nous est interdit
Damné pays des djinns que les vivants ne peuvent qu’appréhender

Queyras

Honni soit qui palissandre

Par Le 01/12/2021

Do au Sol

De mon Fa Ré

Que j’ai Mi Si ou La

J’ai perdu la fréquence du monde

Grattant les cordes à scier

Du manche en cèdre

De ma guitare en Herbe

Au soleil allongé sur des branches

D’une terrasse de rêves en mélèze

J’abandonne ma grammaire rudimentaire

Pour faire le serment de vigne

Noueux comme un pied de guerre

Celui de chanter tambour battant

A tue tête de bâtons rompus

Quelques romances en copeaux

Pour nos potos des vieux rameaux

Laisser le naturel revenir au galop

Faire feu de toute foi,

En des croissances de végétaux seulement je crois

Célébrer Ovangkol sapele koa

Divinités Végétales pour animistes aux abois

Balancer quelques couplets de pignes

Pour mettre des machines en sourdine

Ne plus carburer qu’a l’encens des essences de bois

Ecouter le chant des sommets et le souffle des forêts

Fredonner leur Rime en écho dans les vallées

Puis se jeter un peu de sciure aux yeux

Pour faire la sourde autruche

Car il ne faut pas se leurrer

Tout ça n’ira pas loin et l’on n’y changera rien

Alors souche, brindilles, sarments, cerneaux et autres végétaux

Dormez comme les bûches que vous êtes

L’humanité gazoline exsanguine l’atmosphère

Son avenir lui est prédit sur papier carbone

Entre 4 planches 6 pieds sous terre, elle aura 10 bonnes raisons de se taire

Honni soit qui palissandre, sera l’épitaphe de ces vertes syllabes qui finiront en cendre

Car déjà ma peau s’écorce

Je sens des veines d’érable parcourir mon aubier et mon cœur duramen d’ebenier.

Cyprès soit on de la fin, je ne buis oublier que sycomore un jour je fus et peut-être encore serai.

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Cassiopée reine éthiopique

Par Le 10/07/2021

Encore un souvenir étincelle

Sur l’autoroute Moselle

Au détour d’un regard fugace

Sur les bords du bitume crasse

Une envolée de poussière sur un chemin de terre

Qu’emprunte matinale une lumière buissonnière

Met le feu aux poudres de la mémoire

Coffre fort des instants passés dérisoires

Agglomère mille éclats d'incandescence

En un instant détonant de silence

Derrière la pluie des éclats retombant

Loin au-delà du pare brise mosellan

L’image floue d’une latérite éthiopique

Où Cassiopée marchait sous son ombrelle tropique

Snm

Singe d'une nuit hantée

Par Le 25/06/2021

Vendredi de juin on s’autorise un peu de vie de sauvage

Au moins sur la page

Tourner la clé de sol dans la ferrure des pâturages

Se mêler aux dos argentés du blé mûrissant

Prendre la tête du clan des bacchantes des champs

Qu’on aperçoit par la portière

Et qu’une houle céréalière dessine dans l’imagination

Enfin nu comme un ver, libérer cette dernière

Courir dans les ornières aux trousses des simiesques chimères

Prendre les arbres dans les bras en tenue d’Adam d’Ève

Rugir comme une bête son propre Yawp barbare de revanche

Epoumoner l’épique cri des épis gris accroché aux branches

Se frotter à la vie comme à l’écorce et pourquoi pas s’y fondre en devenant le bestial animal naturomorphe

L’hominidé graminé

Involution au crépuscule des hommes

Qui va s’évanouir, pour disparaître peut-être

Devenir le fantôme d’humanité deguingandé

Grand singe d’une nuit hantée

Dont on voit la silhouette bancale

Dodelinée sous la lune spectrale

Se balançant à rebours des labours

Remontant les ruisseaux à contre cours

Tout le long de la nuit civilisée

Puis au matin épuisé d’avoir trop rêvé

Chancelant a l’heure du coq égosillé

L’air de rien, ne devient que du vent

La brise aux mille appellations

Sirop de sirocco

Grenadine de Khamsin

Huile essentielle de ponant

Grand Harmattan de Vendavel

Qui alanguit la peau

S’évanouit au soleil

Ne laissant qu’une empreinte d’arome

Sur la couche épiderme

Estivale essence évanescente éphémère et légère

 

Dis Giuseppe, tu sens ce vent tiède qui nous court dans le dos ?

C’est l’haleine de juin, le souffle d’Arcimboldo

Arcimboldo

Le risque de vivre

Par Le 23/05/2021

Je vais bien. Mais voilà.

Plus d’un an à regarder danser la farandole des fous

Le tintamarre d’une foule montée sur ses ergots de seigle de Saint Guy

Se rendant au bal masqué des cinglés, les yeux bandés

Le paradoxal concept anti-social d’une société distanciée, dont le crédo fait rêver:

- Vivre ensemble dans un confinement séparé

- Se sourire sans le voir, l’imaginer pour le dessiner

- Se rencontrer sans s’approcher

- Bavarder sans s’entendre derrière des bavoirs et surtout pas trop tard le soir

- Enfanter sans se toucher

 

Comment vivre au milieu des bernés par le phantasme d’une vie aseptisée vers l’immortalité ?

Car le problème est bien celui là : se projeter dans ce monde idéal

Un monde data désinfox perdu en communication de dédale

Un univers dealé pour se shooter les yeux écrans ouverts

Tu veux ta dose ? allume ta télé mortifère…

Vas-y click click click ta dope médiatique sur appli numérique

 

Pas possible. Surtout ne pas adhérer.

Il y a tellement d’autres façons de mourir que je choisis de risquer de vivre.

C’est décidé.

Même si cette vie doit être plus courte.

Même si je ne dois jamais devenir un vénérable vulnérable.

Se cacher, rester à cultiver son propre jardin, si possible secret, plus que jamais

à l’écart d’une civilisation qui a reniée mon humanité

Et ses souvenirs, et sa mémoire, et son passé

J’irai faire la bombe dans le bassin morbide de cette société que la peur a sclérosée.

Et à sa barbe, des pieds de nez d’éclaboussures vitales par millier

Pour les plus téméraires, vous saurez où me trouver

Pour les autres, évitez-moi je risquerais de vous embrasser

Et je suis peut être contagieux...

Noeud

La chasse aux nouvelles

Par Le 17/12/2020

 

J’ai ouvert ma boîte aux nouvelles

Que j’avais remisée depuis des mois à la poubelle

Entrebâillant le couvercle, j'ai lu trois d’entre elles

A la une: "97% des personnes infectées ne meurent pas du virus", on peut se réjouir pour elles

Météo des plages: "97% des personnes n’ont pas attrapé le virus. Sortez les planches, sortez les masques, ça va farter, ça va surfer, les vagues n’ont pas fini de déferler. N’oubliez pas la crème solaire et les solutions hydro-alcooliques, en gel"

Rubrique des chiens écrasés: "dans quelques semaines 270 millions d’humains connaitront la famine. Ils seront quatre fois plus nombreux que ceux qui auront croisé le virus. Ils n’auront d’ailleurs peut-être pas le temps de le rencontrer. Ne les plaignons pas, leur vie n’aura pas manqué de sel."

Nauséeux j’ai refermé ma boîte aux nouvelles.

J’ai mis de la distanciation entre moi et elle.

Puis j’ai soulevé la lunette.

Je l’ai posée dans la cuvette.

Comme elle était bien à sa place

J’ai tiré la chasse.

Savane

Des souvenirs Masaï

Par Le 27/11/2020

Emergeant de la canopée goudron

Le viaduc béton toise la vallée minière

Arachnide asphalte à la toile ruisselant de fer

Où s’accroche un brouillard comme un cancer au poumon

Dans la mémoire étriquée du rétroviseur plastique

Des volutes souvenirs Masaï 

Par delà le vent de sel des dunes autoroutes 

Filtrant dans la forêt pylône des lianes électriques 

Loin vers l’Est un soleil savane dissipe des hyènes de brume

Ces cabots météo aux basques de la fourmilière

Lévriers efflanqués aux trousses des retardataires

Qu’un revers de main solaire évapore et consume

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La machine à remonter l'enfance

Par Le 01/06/2020

Ressac du printemps qui revient

Etanche d’embruns méditerranéens

Les lèvres immaculées du gisant d’albâtre

Dont le cœur d’hiver a cessé de battre

Susurre lui à l’oreille d’autres latitudes

L’accent murmure des pinèdes du sud

Rappelle lui l’écho cristallin des rires adolescents

Dévalant la caillasse des pierriers, insouciants

Bondissant des genêts de restanque

Roulant dans les bruyères des calanques

Gamins des garrigues s'écrivant des histoires à l’encre térébenthine

Assis sur les blancs bancs calcaires ensoleillés des cimes

Prenant récréation face au grand tableau bleu que l'horizon dessine

Les minots lumineux de l’école espigau tous tachetés de soleil

Avec les joues qui peguent aux confitures des tartines, à moins que ce soit la résine ou la salsepareille

Desserre ces doigts crispés sur la poitrine de marbre

Redonne quelques couleurs à ce masque macabre

Dis lui encore les beaux souvenirs, qu’ils brisent son silence

Que vibre dans ta voix le doux moteur de la machine à remonter l'enfance

Le son du vieux vinyle, crachotis gramophone

Grésillement de cigale dans sa poitrine d’homme

Rappelle lui les cyprès d’aussi loin que porte ta mémoire

La torpeur des étés sous un ciel miroir

Où s’évaporent lavandes en sol et cades genévriers

Conte les hautes herbes, les buis, l’azur des oliviers,

Le sang veineux des tomettes, l’hululement des chouettes, 

l’iode des mouettes, 

L’ombre en poudre d’escampette,

L’or sourcier des garrigues arides

Et son caniard avide qui burine les rides

Le roulement du tonnerre d’aout

qui ne donnera aucune goutte

Orages secs à punir les bossus

Ce Païsse est sans eau alors ne compte pas dessus

La terre rouge des pots sans plume, 

Les vignes vierges des tonnelles forgées dans le midi de l’enclume,

Le cri perdu des hirondelles, leur nid sous les tuiles

Les navettes, les calissons, les pompes à l’huile

Le lichen des chênes verts, liège et l’amadou sous la paume

L’arôme graminé dont l’herbe coupée embaume

La fraîcheur des Baumes sombres des bois caniculaires

L’argile du sol craquelé sous les mains du brasier solaire

Le chuchoti des grillons dans les mûres des champs abandonnés 

Les vieux lierres des vieux murs des sentiers égarés 

Le mimosa, les pins parasols alanguis sous l’été

Le battement régulier du cœur diesel

Des pointus de bois flotté

Glissant sans plis dans l’aube pastel

Trainant gabians en palanquée à la criée 

La Méditerranée qui fait tous les bleus pour les yeux

Et frissonne en reflets argentés quand Mistral et Meltem l’escagassent un peu

Parle lui de la voilure centenaire des marronniers démesurés 

Des haubans d’écorce où les enfants s’attachent mains et pieds

De l’heure où la lumière rosée efface les minutes des cadrans solaires

Où l’éreintante étreinte de la brûlure du jour se desserre

Alors vient le coassement des grenouilles dans la pénombre des cours d’eau assoupis

Le clapotis noctambule des fontaines aux placettes villageoises à minuit 

La douce paix nocturne scandée aux villages des clochers endormis

Verse enfin sur ces lèvres bleuies

Un peu de l’élixir qui redonne la vie

L’arôme distillé du pays sur l’alambic des bergers

Senteur des collines, thym, romarin, laurier, paturin 

Qui instille les souvenirs d’Arcimboldodejuin

Cornemuse bruyère

Par Le 17/03/2020

Un Eire biniou court sur la lande

Le long des pierres dressées aux lichens calleux

Dans les sentiers douaniers des cotes escarpées

Dominées de dolmens aux triskels ridés

Sous une bruine battante à faire palir la tourbe

Une silhouette cornemuse debout dans les bruyères

Haut sur les falaises arquées contre les vents de mer

Expire un crachin chair de poule, contre vents et marées

L’âme de fond, entonnée entre éclairs et tonnerre

D’un tartan vert patrick, en kilt irlandais

Ranime les spectres de brume aux penchants naufrageurs

Les écueils de varech sous l’écume Kilkenny

La pinte de l’océan contre le ring Kerry 

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L'Air mitral

Par Le 02/03/2020

Un froid saumoné embrase les cimes

Insoupçonnable rose des sables blancs flamboyant dans un soleil couchant

Fait vibrer la Voie lactée givrée où des astres de flocons scintillent inutilement 

Cette neige sucrée de glace fait crisser sur les crêtes un air mitral 

Une mélodie qui souffle au cœur une nostalgie dans la poitrine

Une berceuse pour que les mélèzes allongent leur ombre

Sur un vison immaculé d’une piste aux étoiles désargentées 

Où le temps semble s’être lui aussi figé 

Sans trace, sans ride, sans âge, sans la grouillante civilisation

Pourvu que ça ne soit pas la mélopée d’un monde en voie de disparition

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Vers d'hiver

Par Le 02/03/2020

Poème dix vers

Au diable le linceul gris du ciel d’hiver

Pied au plancher de mon tombeau ouvert

J’ai vu le ciel croque mort mordre la poussière

Ce matin dans le rétro de mon cheval de fer

Sur la cote des vendanges tardives, enfin la lumière

Le jupon bleu écarlate de la belle bergère

Semant de nuageux moutons pour le grand Patre solaire

Pastorale pastel éphémère

Revoilà le brouillard, le gel, l’hiver

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Lorraine

Par Le 27/01/2020

Lorraine est une femme battue

Hantant une lande éventrée de labours boueux,

Parcourue d’ogre Haut fourneau aux pieds de mine

Elle ouvre ses paupières matinales sur des aurores ecchymoses

Où des yeux au bleu délavé à coup de trique climatique

Contemplent à perte de vue l’horizon hématique

Scarifiée de village rue dont les brancards béton

Charrient des spectres de gueules noires qui furent aussi cassées

Saignée aux quatre veines de charbon de bois de fer

Il ne faut pas se mentir sa vie est un enfer

Où se pansent des blessures Maginot pas imaginaires.

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Croute de sel et nasse de givre

Par Le 14/12/2018

Sous son revêtement luisant le gel s’enlace un ruban de route

Son cristal crisse sous sa croute de sel quand il l’embrasse 

Loin devant les yeux des feux stop zigzaguent leurs traces

Balises en détresse d’artifice glissant de place en place

Jusqu’à se prendre en masse dans un brouillard en nasse

Du bitume en croûte de glace

Le menu de l'hiver au petit déjeuner

Où gît l'autoroute givrée

Un sorbet dans la gueule façon gibier

une main bleuie que le froid a gantée 

L'a prise par le colbac et l'a violentée

Lui secouant l'asphalte en débris frigorés

Son dernier souffle éteint en nuage bleuté 

Elle est allongée dans les étendues gelées 

Moribond enrobé glacialement mortifié

Tant pis pour les égarés malheur aux naufragés 

Les forêts se sont tues, l'asphalte est pétrifié 

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Meules sarabandes

Par Le 01/12/2018

J’ai pris la clé des champs sous le paillasson de goudron

Franchissant les bosquets fuguant dans les sentiers

Bondissant de bocages en amont des futaies

Je suis tombé sur des meules ébouriffées sur l’horizon

Un vent joueur semait leurs fétus 

Chef d’orchestre végétal droites dans leurs bottes de paille

Au beau milieu d’une farandole épouvantail 

Elles jouaient la valse de la substantifique moelle

Faisant fi de ce foin une liane m’a pris les mains

On a ri, chanté et dansé à tue tête

Une pastorale d’herbes, de Faunes, de bêtes

Mâchonnant des brins d’elles

On s’est roulé dans les sauterelles

Au crépuscule des nuées j’étais devenu Peul

Humant l’amère mélange des sarabandes de meules

Dans les vapeurs ambrées d’une rosée du soir

Assis dans les prés, étendus sous les astres

A ne surtout pas parler, nous écoutant nous taire

Eperdus sous le silence lacté des millénaires

Poète point égaré, au contraire à sa place

Conteur des herbacées, sans un sou et sans piastre

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Amants de saison

Par Le 03/06/2018

 

Dissipant le brouillard de ses paupières

La terre fait glisser sa pelisse de boue sombre d’hiver

Dévoilant l’opulent vert tendre de son décolleté printanier

Elle dénude une peau graminée où la brise ondule des herbes argentées

Sur son épaule tatouées à l’encre solaire les veines des premiers sentiers d’été 

Ses coteaux de corsage aux vallons arrondis se soulèvent en cadence sous la houle des champs

Seins de glace d’un corps pas si sage palpitant en frisson aux caresses du printemps

Dévalant en riant les pentes bruits-sonnantes de bosquets en fleur

Traversant les étendues champêtres de coquelicoeurs

Démêlant des bouquets de jeunes pousses en branche

Dégringolant les boucles blondes des hauts blés des prés

Voilà le sable duveteux des dunes de ses hanches

Qui parsème la courbure de ses reins en chemin douanier

Caresse d’herbe folle en épis qui glisse

Les doigts chèvrefeuille parcourent doucement ses cuisses

Bouquet jasmin, thym, romarin

La peau exhale toute une garrigue de chemin, 

Assortiment de senteur en floraison

De quoi perdre en déraison les amants de saison

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Allez rentrons

Par Le 17/11/2017

Un jour vint le retour, Djibouti 18 aout 2015.

Aéroport d’Ambouli. Les moteurs tournent.
L’air vibre sous les coups de marteau que le soleil lui inflige.
Le goudron de la piste d’atterrissage se liquéfie sur l’enclume du sol en ébullition.
Stigmates d’un été dans la corne d’Afrique.
Dans quelques instants on volera le retour.
Si l’aéronef arrive à dépatouiller ses roues de la marée noire du tarmac.
Dernier coup d’œil en arrière, par-dessus l’épaule, les paupières plissées par toute cette écrasante luminosité.
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C’était Djibouti.
Une lande décharnée et famélique qui grille comme le grain d’un café éthiopien, mais sans cérémonie.
Une belle et hostile terre, sensuelle et dure.
Nous sommes contents de l’avoir connue. Même si ça n’était pas gagné.
Mais voilà.
Après d’abondants lavages oculaires aux gouttes de sérum panoramique, de nombreuses fumigations aux vapeurs d’encens omanais, de longues et répétées caresses à la crème de soleil Somali et quelques nuits suspendues entre étoiles et échos des muezzins aux accents noctambules, la mayonnaise du globiboulga Afar a pris (car oui il y a aussi de la mayonnaise dans le globiboulga).

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Djibouti, Nous partons et ne reviendrons pas

Je t’écris à regret une dernière fois

Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi

Aucune des pages de notre vie de famille écrites dans l’aucre de tes déserts,

Aucune de nos empreintes de pas éphémères dans le sable humide de tes plages sauvages

Aucun de nos souffles ébahis sur le tombant bleu de tes récifs coralliens

Aucune de nos silhouettes rupestres ondulant dans les nuits désertiques aux feux primitifs des camps nomades

Aucune de nos ombres brulantes éclaboussées de soleil sur les écailles noires de ton sol volcanique

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Nous partons et ne reviendrons pas

Je t’écris à regret une dernière fois

Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi

Nos malles sont pleines

De poussière et de sable africains avant tout

Mais aussi de trésors qui ne le sont que pour nous

Des petits riens pour se souvenir beaucoup et transmettre un peu car n’est-ce pas là aussi le propre de l’homme ?

Nous ramenons des pense-bêtes pour panser la mémoire des hominidés que nous sommes

Des clichés numériques de beaux moments partagés, parfois mystiques

Tous uniques

Des babioles qui n'ont de valeur que par les instants de vie que nous y avons noués

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Nous partons et ne reviendrons pas

Je t’écris à regret une dernière fois

Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi

Mais nous promettons aussi de continuer le voyage.

Tailler la route, la piste, dropper le djebel, crapahuter les monts, randonner les vaux, explorer les GR

Ébouriffer encore les branches de la rose des vents comme des enfants espiègles histoire de mettre un peu le bazar dans ses points trop cardinaux

Car nous t’aurons apprécié aussi pour ce que tu as permis

Partir. Découvrir, voir, contempler, le soleil se lever à l’Est sur l’écrin omanais, se coucher à l’Ouest sur l’Ethiopie multi ethnique éclairer au Sud l'aventure tanzanienne

Le Nord appelle maintenant, probable détour pour d’autres horizons
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Nous partons et ne reviendrons pas

Je t’écris à regret une dernière fois

Tatouage d’encre souvenir pour ne rien oublier de toi

Un infernal vent internet ne tardera pas à effacer ces lettres comme autant de traces de pas dans le sable fin de l'oued

Rien ne dure surtout pas le virtuel puisqu'il n’existe pas

Il demeurera seulement la joie des rencontres et amitiés liées, les délires partagés sans recours à d’illicites substances (tout au plus quelques mojitos, un peu de St Georges et des brochettes de bœuf éthiopien au feu de bois sous un ciel abasourdi d’étoiles)

Ces syllabes jetées en ricochet pour la prolongation des choses

Ne sont rien d’autre que l’expression d’une liberté indomptable sur papier inexistant

Une liberté de sauvage...de sauvage...

Une porte ouverte pour laisser libre cours à ce qui court à l’intérieur et le laisser courir loin

Loin ?

N’était-ce pas là que nous étions ?

Allez rentrons

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« Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement (et tout sera réparé)
Que vous n’avez fait qu’un somme, pendant que ces visions vous apparaissaient.
Ce thème faible et vain, et qui ne contient pas plus qu’un songe, gentils spectateurs, ne le condamnez pas ;
Nous ferons mieux, si vous pardonnez. Oui, foi d’honnête Puck,
Si nous avons la chance imméritée d’échapper aujourd’hui au sifflet du serpent,
Nous ferons mieux avant longtemps, ou tenez Puck pour un menteur.
Sur ce, bonsoir, vous tous.
Donnez-moi toutes vos mains, si nous sommes amis,
Et Robin prouvera sa reconnaissance.
»

W. Shaekespeare, Songes d'une nuit d'été

 

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On a tué le temps

Par Le 10/11/2017

Dans l'attente du retour, Djibouti aout 2015

A l’image des caravanes de sel sur la toile d’un peintre inconnu, les jours se sont arrêtés au pays des droits de l’homme.

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Dans le sablier de l’Est africain, la pendule du grand horloger est enrayée.
Khamsinisée et lyophilisée comme le reste. Peut-être l’oeuvre de quelque déesse qui n’a pas envie que le mois du blanc s’achève…
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Les djiboutiens qui voyaient arriver la fin du Ramadan avec appétit vont devoir patienter encore un peu, ultime tentation divine, dernière épreuve rédemptrice.
Après ce sera l’Aïd el-Fitr, le silence des agneaux.
Pour les autres, et bien ça signifie que la date du retour ne s’approche plus. Damned.
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Va falloir durer. Garder un oeil photographique, forcément objectif, sur ce qui nous entoure et qui étonne moins.
Qui risque de devenir familier. Voire auquel on pourrait s’attacher.
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Rester en alerte pour ne pas tomber du côté où le climat et peut-être un peu de fatigue nous poussent.
Des hallucinations envahissent déjà les pages du blog et ça n’est pas bon signe.
C’était trop tôt pour arrêter les brochettes de mérou…

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Faut se reprendre, mon gars, sinon tu finiras en ermite au fin fond d’un repaire de blogueur, emmuré vivant dans une chaleureuse moiteur comme un cancer du tropique.
Non non non, tropicalitude molle tu n’auras pas ma peau, contrairement aux matous collés aux vitres des pièces climatisées.
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Le temps s’est arrêté ? Soit, nous allons l’immoler.
Tuons ce temps qui ne passe plus.
La tâche est aisée le matin car il n’oppose pas trop de résistance.
Le travail en vient facilement à bout, travail tabou.
 

Le reste du temps ne se laisse pas faire.
On l’attache à une chaise, un soleil de midi dans la figure pour qu’il nous dise tout, on le soumet à la question d’une sieste nécessaire, on le passe à tabac de plongées frénétiques, on l’étrangle au collet du braconnage numérique.

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On le malmène, on l’étripe, on le lynche en vagabondages successifs.
Il mange chaud le temps, comme nous d’ailleurs, et finalement il n’expire qu’à l’aube et au crépuscule.
Aux heures tièdes de la journée.
A ces moments qui pourraient être du matin comme du soir.
Instants suspendus entre nuit et jour.

Où le ciel et la mer se fondent

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Où Menelik éteint ses lumières

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Où des carrioles emmènent leur chargement d’ouvriers vers les chantiers

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Où la mosquée ventrue est encore bleue au dessus des caissesImgp2130

Où la siesta réveille ses morts à coup de corneillesImgp2141

Où ces mêmes morts vont tremper leur linceulImgp2139

Avant de retourner hanter la ville fantôme.Imgp2149 1

Bref des minutes où l’on pourrait croire que, oui, enfin le temps est mort.

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Alors immobile dans l’onde d’un ventilateur, paisible dans le courant de la clim, on en profite pour griffonner.
Une envie qui prend comme la soif. On l’étanche. On s’épanche.
Plic ploc de gouttes de sueur le long de l’échine.
Scritch scratch d’une plume sur le papier.
Les idées se répandent sur les feuilles par capillarité.
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Encore un peu de temps a été tué, une petite victoire dans l’attente du départ.
Re-mort du temps sans remords.
Nous savons bien que tout sera à recommencer demain.
Car elle n’est pas encore là l’heure du retour.
Même si son heure viendra. Même si son tour aussi.

La prison de Gabode peut garder ses portes closes.

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Elle n’aura jamais les assassins sans victimes que nous sommes.
Et pourtant nous n’avons pas fini de sévir…
 …encore tant de temps reste à tuer.

Allez rentrons,