Articles de arcimboldodejuin
La Direction de notre Vie
25 avril 2024.
Il est la demie passée au cadran centenaire d'une vie qui file.
On a mis le temps de rien sur pause pour le prendre et suspendre son vol.
Et puis sans le perdre, on s'est évadé.
Les Oiseaux Beaux de l'Air
On a sabordé le sentier de la pointe Laborde
Aux abords de l’anse sans âge du même nom
Encore une sale histoire de corsaire moco
Dégringolant la caille du Trou à Man Lwi
Cowboy de chauffard
Plumes écarlates aux cheveux des buissons
Peinture de guerre au nez de l'horizon
L'indien de l'été immisce le vert
De couleurs comanches en attendant l'hiver
La peau rouge impassible de l'automne cheyenne
Au ban de la route où l'homme blanc s'enchaine
Cravachant la tôle de sa monture de fer
La ruée vers l'Est des pneus dans les ornières
En grise file indienne de chariots métalliques
Passe en aboyant la caravane mécanique
Espérant l'étoile de shérif en zinc
Pour faire joli sur la carlingue
Cowboy de chauffard vas-y accélère
Bluff encore une fois ta vie au poker
Ca passe ou ça casse, c'est face ou pile
Collé au chariot de métal devant toi dans la file
Appel de phare, cligno, ne pas perdre la face
Appuie, fonce, dépasse, et trépasse
Cette douce odeur n'est pas celle de la poudre
C'est le sapin embrassé en coup de foudre
La route dans le virage suivant t'a fait boire le bouillon,
Le bol de goudron mérité. Tu n'auras pas la toison.
Apanage des Apaches, Mohican, des Hurons
Ces plumes écarlates aux cheveux des buissons.
Mort Baltique
Belle mais austère cité que cette Lubeck germaine.
On imaginerait bien quelque bubonique malandrin vous estourbir les bourses et vous dilapider la vie sous les colombages rutilant de ces ruelles faméliques.
Au prétexte de quelques piécettes usées, la carcasse édentée et courbée sous sa bosse se glisse et s'accroche aux basques indifférentes qui passent.
Sa revanche frappe le dos tourné. La lame glisse des loques de manche effilochée et s'immisce en coup sec entre jambon et côtelettes, dilacérant l'échine, sectionnant périnée.
Dépecé , bouche bée, traits déformés, cri étouffé d'un bâillon que tient une main en haillon, l'autre crispée sur le métal rouillé de l'instrument boucher.
Désossé de la moelle aux pieds. L'argent, en même temps que la vie, est ôté et s'écoule.
Naît une nappe pourpre de sang mélangé aux embruns salés.
Sur les pavés grossiers de ces impasses humides, une mort effilée tapine l'égaré à gorge déployée.

Café métis
Entre guitare et kora
Clairs accords pianos et country roots harmonica
En tête à tête avec un soleil levant de plus
La lumière rasante dansante sur la peau ébouriffée
Samaras Calibishie
J'ai posé mes samaras dans le sable Calibishie de Baptist Bay
Mi blanc mi noir, comme une côte Est de frangine indies
Pointe sable de Bar
Dans décennie de ça
Quand de retour continent
On souviendra Gwada
Je reverrai l'anse Gris-Gris
Celle des marabouts pêcheurs de pélicans
Adan dot Soley
5h15 au compteur en plastoc du fil à la patte
22 degrés au mercure en toque du carrosse de fer
On va faire la peau à tous ces suppôts d'hydrocarbure civilisé
Le Gardien d'Epitaphe
Des monuments bien propres
Pour des morts pas si blancs
Contraste détonnant de ces stèles écarlates
L'éclair mémoire d'une foudre calcaire
Qu'incendie un caniard tropique à midi
Volcan en Faye
Douze heures moins treize font moins un.
Maintenant nous remontons le temps dans le palmier zingué de la masure cyclonique.
Un zest d'alchimie, une petite friction à la pierre philosophale de préférence volcanique c'est mieux pour la peau.
Maudit corsaire varech
Deux plus quatre qui font neuf heures moins treize
On a peut-être perdu le nord mais pas le regard sur la ligne d'horizon
Et l'horizon ici il défile
Krayon Kréyol
Cinquante et une heure moins quarante huit, dans le branchage d'une forêt primaire d'équateur.
Bondissant simiesque de ravines blanches en morne rouge.
Dégringolant de savanes mulet en porte d'enfer à l'odeur de soufre reptile.
Sautant d'Acomat en cascade bis via canyon moustique.
La deuch verte ballade
Quand je serai guitariste dans des milliers d'années
J'aurai une voiture pas banale, à deux balles
Que je conduirai en sandales
Boite à savon pot de yaourt à pédales
Méhari à gorge déployée pour méharée à tombeau ouvert
Revandonneurs
27 heures moins trente deux
A l'aise sur la terrasse mélèze.
Sans tracas ni blabla au milieu des épicéas.
L'histoire d'une parenthèse
Auteur pas bien haut mais pas mal élevé, con positeur peut-être en tout cas sans position politique ça ne fait pas doute.
Juste témoin du monde et de l'homme coupable jusqu' à preuve du contraire.
Gwadàlaloupe
8 mois plus tard dans le palmier en zinc de l'ile équatoriale qui n'en compte aucun.
Le temps s'écoule dans une moiteur d'alambic.
L'écrit vain césuré
Aux courageux qui arrivent ici parce que je les ai invités, ou parce qu’ils se sont perdus sur la toile.
A tous ceux qui tiennent à bout de bras une chandelle chancelante dont la flammèche vacille dans la tourmente de mon imaginaire
A me lire vous vous direz sans doute il est encore malade, sa bougie va s’éteindre.
Je vous répondrai:
Soyez les bienvenus dans ma jungle de cellulose immatérielle, mes pages griffonnées irréelles.
Écrire est ma liberté et elle n’est pas normée.
Je ne respecte ici aucune règle, ni de grammaire ni de personne.
L’écriture est hors la loi. Elle n’en a pas.
Je me délecte de cette délinquance.
Ci gît mon no-word land.
Je suis Arcimboldodejuin,
gangster alexandrin,
bandit consonne,
truand épelé,
malfrat des paragraphes balafrés,
voleur de vers parfaits aux pieds beaux et réguliers.
Je suis l’hémistiche postiche.
Le Desperamot, imprévisible Desperado des mots.
L’inutile rime à rien.
L’écrit vain césuré.
On me l’a déjà questionné. Ces mots écrits ne sont pas de maudits maux non dits.
Ils sont l’expression syllabique de souvenirs, d’impression mêlés.
A chacun de dire s’il les trouve beaux (ou de taire s’il les trouve moches?).
C'est un peu d’eau de mémoire tant qu’elle n’est pas tarie.
Le témoignage d’un monde à travers un regard. Subjectif. Insolite.
Je l’ai connu, il était beau.
A lui la postérité de la calligraphie.

Wagons de rêves
7 mois plus tard sur la terrasse en bois de la masure anticyclone.
Depuis que les leptospires des chemins de fer ont pris l’assaut de mon foie ferroviaire
j’ai un peu plus de Gwada en moi, c’est certain.
Et des retards de wagons de rêves à rattraper.
L'Hymne de tous les Robinsons
Quatre mois plus tard sur la terrasse en bois de la masure anti-cyclone.
L’heure est venue d’aller faire les yeux fous à la Marie galamment assise de l’autre côté du chenal guadeloupéen et que l'on aperçoit à intervalle régulier toute allongée alanguie dans les vagues transparentes de l'archibel archipel.
Après 45 minutes de traversée bien frappée comme un café Chaulet, nous voilà bien arrangés comme le rhum, et pour les braves inconscients du pont bien trempés comme une soupe.

Qu'aux Saintes n'y touche !
Aux Saintes, on sait bien faire le planteur. Mais attention ça n'est pas une boisson de pleutre.
De toutes façons le pleutreur n'existe pas. Pourquoi ?
Tout simplement parce que le pleutre ne pousse pas dans les champs. Tout au plus se cache-t-il dans la canne. Bref.
Il est 5 grammes de rhum blanc moins dix à l’apéritif en bois tropical du ponton qui ne mène à rien sauf à la mer devant lui.
Dans le désordre pourtant sans contrepèterie de la fin d’après midi, le rhum tabasse ses victimes.